‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 40 sur 503 · LES CONSTRUCTEURS · texte numérisé non relu

LES CONSTRUCTEURS

accomplissent une tâche : Des prêtres ou des seigneurs obligèrent toutes les femmes du pays à venir, un même jour, déposer au lieu dit Tossen ar Gonifled , terrier aux lapins, non loin de Plouigneau (Finistère), une certaine quantité de terre, et c'est ainsi que s'éleva ce tumulus1. Deux légendes apparentées s’attachent à la gigantesque tombelle de Carnac : Autrefois, la pénitence imposée par les prêtres consistait à apporter sur la colline, soit un sac de terre, soit un sac de pierres pour construire une butte en l'honneur. de saint Michel. En se rendant au pardon de saint Cornély les pèlerins passaient à travers les rangées de soldats pétrifiés, les femmes portant de la terre dans leur tablier et les hommes des pierres entre leurs bras ; ils les mettaient dans le même tas sur la montagne de Saint-Michel, et c’est ainsi qu’a été formé cet immense tumulus 2.

Plusieurs noms, qui ne sont pas occompagnés de légendes, constatent la destination funéraire, la plupart du temps réelle, de ces monuments. A Tréhorenteuc (Morbihan) trois tumulus sont dits Buttes des tombes, à Meillac (Ille-et-Vilaine) est la Butte des Défunts ou des Fées, à Marcésur-Esves en Touraine le cimetière des Fées ou des Pucelles ; à Cressensac (Lot) le Tombeau de la Géante. On rencontre dans le Senonais plusieurs tombelles de saint Martin. Une tradition de la Sologne faisait d’un tumulus le tombeau de Renaud de Montauban ; un marquis est enterré sous celui du Tcrtrais en Meillac (Ille-et-Vilaine). D’après 1 opinion la plus fréquente, ils renferment des restes de guerriers : celui de Chassenon (Charente) est appelé Tombeau du soldat; dans l’Aisne ces monticules sont regardés comme des sépultures de généraux, soit espagnols, soit romains ; une butte a Pléneuf (Côtes-du-Nord) recouvrait les ossements de généraux3. On raconte dans le pays de Carnac que César y étant mort, il fut enterré sur le Mont avec ses bottes en or et son trésor, et que pour qu'on ne puisse le dépouiller, ses soldats l’ont recouvert de terre et de pierres. Pour honorer la mémoire du chef d’une armée romaine tué dans une bataille près de Fontenay-le- Marmion, chacun de ses soldats vint déposer sur son tombeau autant de pierres que pouvait en contenir son casque : c’est ainsi que fut élevée la butte des Ilogues. Dans l’Artois des géants, qui primitivement habitaient la contrée, ont construit un tumulus qu’on appelait la tombe du

1. G. Le Jean. Ass.bret., in Bull, archéologique, t. 111 (1851), p. 63.

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