CHANSONS RELATIVES AUX FAITS DE GUERRE
D’autres couplets dont quelques-uns sont des variantes de ceux-ci ont été recueillis près de Loudéac1 2.
Comme les marins, les soldats de cette époque aimaient les chansons, et c’est peut-être parmi eux qu'ont été composées plusieurs de celles qui sont arrivées jusqu’à nous. Elles se rapportent surtout aux prises de villes, et débutent par un couplet flatteur pour la cité, qui se termine par une sommation :
Bonjour, Namur et ton château,
Rare beauté, rien n’est si beau ;
Je te salue, charmante ville,
Je veux t’avoir dessous ma loi,
Rends-toi, Namur, rends-toi à moi5.
La ville de Turin n’est-elle pas bien jolie !
L’en est jolie, parfaite en tout temps,
Le roi la veut absolument.
Le roi a-Fenvoyé par un de ses gendarmes — Sire le roi a-Fenvoyé ici,
Si vous voulez vous'rendre à lui .
La dame du'château mit son cœur en fenêtres,
— Sire le roi, abaissez vos canons,
Nous vous ferons composition3.
Les chansons sur les batailles sont moins nombreuses ; on en lit une sur celle de Rethel ; une chanson en patois, semi-populaire, de la Vallée d’Ossau, parle des guerres d’Espagne et du duc de Vendôme, et l'on chante encore en Franche-Comté et en Nivernais, une chanson sur la bataille de Steinkerque 4.
De tous les glorieux généraux des guerres de Louis NIV, Turenne est le seul dont le nom soit resté populaire, associé à des dictons et à des comparaisons. Très répandus dans le Languedoc et dans le Rouergue, ils attestent l’étendue des appréhensions que la mort du grand capitaine causa dans toute la France; ce sont d’ordinaire des variantes
1. Paul Sébillot. Légendes locales , t. Il, p. 142-143 ; Robert Oheix, in Rev. de Bretagne et de Vendée , 1889, p. 289.
Les équipages me taxèrent de peu de zèle dans leurs chansons matelotes ; mais ils en ont fait depuis un si grand nombre d’autres à mon houneur qu’ils ont réparé cette légère injustice (Mémoires de Duguay-Trouin. Amsterdam, 1756, in-12, p. 39). Celle-ci était peut-être l’une d’elles.
2. Ch. Beauquier. Chansons] pop . de la Franche-Comté , p. 191; cf. un début analogue de la chanson'jlorraine de la prise de Mantoue : Ch. Sadoul, in Rev. des Trad. pop., t. XIX, p. 205.
3. Charles Guillon. Chansons pop. de l'Ain , p. 21-22: cf. autre version; J. Tiersot. Chansons pop. des Alpes françaises , p. 52.
Le couplet des dames se trouve dans les chansons du XVIe siècle : Les Dames sont aux carneaulx — Qui à haulte voix s’écrient :... (Leroux de Lincy. Chants hist., t. II, p. 81, 83).
4. C»e de Puymaigre. Folk-Lore , p. 94 ; Ch. Beauquiçr. Ch. pop. de la Franche-
Comté , p. 191 ; Achille Millien, 1. c. p. 299.
l’histoire DE FRANCE DANS LA TRADITION POPULAIRE
Es pas la mort de Ture.no usité en Gascogne b Dans le Nord, on dit de celui qui vient faire des lamentations : « Te nous viens toudi conter la mort Turène 2 ». En Bas-Limousin : Far viva Tourena , c’est pousser un cri de joie ; il ne s’agit pas du maréchal, mais de sa puissante famille 3,
Une des chansons les plus connues de France a pour héros un général anglais contemporain de Louis N1V. Marlborough a trouvé chez nous, dit Ampère, la célébrité populaire dans une chanson qu'il faut bien se garder de repousser, car elle est évidemment un débris d’un chant plus ancien, qui remonte au moyen âge, comme l’indiquent plusieurs traits de mœurs féodales et chevaleresques, débris auxquels on a associé, dans le dernier siècle, le nom du vainqueur de Blenheim. D’après George Doncicux, qui semble avoir négligé cette note d’Ampère, elle daterait au plus du commencement du XVIIIe siècle 4 .
Les enlèvements de jeunes filles par les Anglais sont restés populaires sur la côte ; c’est probablement l’un d’eux qui a été le point de départ des légendes de sainte Blanche (cf. t. II, p. 22). Des gwerziou ont été aussi composés sur ce thème : tel est celui de Marivonnic : Le premier jour de novembre — Descendirent les Saxons (les Anglais) à Dourdu — Ils ont volé une jeune fille, pour l'emmener avec eux sur leur bâtiment. Menacée d’être livrée aux matelots, elle se jette à la mer: un petit poisson l’a avalée — sur le bord de la mer il l’a envoyée5.
Au milieu du XVIIIe siècle, les Anglais profitant de l’affaiblissement de notre marine, firent plusieurs descentes sur les côtes de Bretagne ; quelques épisodes ont pris une forme traditionnelle. D’après la légende, si en 1746, ils abandonnèrent précipitamment le siège de Lorient, c’est que la Vierge s’était montrée à eux au milieu d’un nimbe de lumière éclatante et que cette vision les avait frappés5. Un autre miracle non daté se rattache à la fondation de 1N.-D. du Port-Blanc : Les Anglais menaçant de débarquer sur cette côte, la population fit vœu d’élever une chapelle à la Vierge si elle chassait les envahisseurs ; aussitôt
î. Roque-Ferrier, in Rev. des langues romanes , t. V, p. 102 ; J. -F. Bladé. Proverbes, p. 99; Vayssier. Glossaire patois de V Aveyron.