LA TERREUR ET LES TERRORISTES
fois ; les gens s’étaient retirés dans les bois et enterraient sous la mousse tout ce qu ils avaient de précieux1. En 1793, le bruit se répandit que l’évangéliste saint Marc était apparu sous un arbre antique de la lande de Lanfains (Côtes-du-Nord). 1) innombrables curieux accoururent ; plusieurs affirmèrent avoir vu 1 apôtre, l’avoir entendu même1.
Ceux qui jouèrent les premiers rôles dans le drame révolutionnaire paraissent à peu près ignorés du peuple. A la destinée tragique de la lamdle royale se rattache un seul trait folk-lorique, qui est depuis longtemps oublié, et que nous ne connaissons que par une mention dont la source n'est pas certaine. Le matin qui suivit le départ de Louis XVI pour Varennes, on vit le petit Homme rouge des Tuileries couché dans le lit du roi. Ce lutin se serait montré plusieurs fois, notamment en 1793, et l’on dit qu’un soldat qui gardait les restes de Marat aux luileries mourut de peur en 1 apercevant 3. Le nom de ce tribun journaliste, si puissant sur les foules et dont l’assassinat excita une si profonde et si bruyante émotion, a seul survécu ; vingt ans après sa mort, certains le confondaient avec Murat. Il n’est pas entré dans la tradition, pas plus que Charlotte Corday, et que les autres femmes de la Révolution. Parmi ceux de ses contemporains célèbres à. divers titres, quelques-uns sont associés à des expressions proverbiales ou à des anecdotes, qui rarement ont la forme populaire. En Lorraine, pour indiquer une époque troublée et dangereuse, on dit : « Ç'at comme au temps d’Rôbespierre S>. Cet homme qui eut pendant plusieurs années une popularité sans égale, ne figure plus que dans quelques comparaisons: « Saoul comme la bourrique à Robespierre »5 où il a pris la place du diable, « Maigre comme la bourrique à Robespierre », qui supplique, dans la Gironde, aux gens remarquables par leur maigreur6. En Lorraine, on dit d'un méchant: « Ç’at in Robespierre7 ». Le journal d Hébert a donné naissance au diclon : Colère du père Duchêne, encore usité en plusieurs pays, et notamment en Bretagne. A Nantes, la maison de Carrier, rue Richebourg, fut longtemps inhabitée; personne ne voulait y passer la nuit, parce qu’on y entendait du bruit; on s aperçut plus tard qu il provenait dune source qui coulait dessous. On ne l’appelait pas la maison de Carrier, mais la maison de Robespierre, qui ne vint jamais à Nantes8.
De cette période, la tradition a surtout retenu les faits qui accompa-