‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 439 sur 503 · E. Auricoste de Lazarque, i. c · texte numérisé non relu

E. Auricoste de Lazarque, i. c

8. Mme E. Vaugeois, in Rev. des Trad. pop., t. XIU, p. 140-141.

382 l'histoire de France dans la tradition populaire

gnèrent les troubles religieux et les guerres civiles, et un assez grand nombre, que l’on raconte encore, ont pris une forme légendaire dont les éléments sont souvent empruntés à des récits beaucoup plus anciens. En ce qui concerne le clergé, la plupart des traits ont été relevés dans l’Ouest ; ils visent surtout les actes de violence exercés à l’égard des prêtres, et qui atteignirent à la fois ceux qui avaient refusé d’accepter la Constitution civile, et ceux qui y avaient adhéré.

Je ne sais si on a retrouvé ailleurs l’opinion, populaire aux environs de Liffré (Ille-et-Vilaine), d’après laquelle beaucoup de meurtres des prêtres auraient été commis parles chouans1. En ce qui concerne le clergé non assermenté, l’accusation est mal fondée, mais elle a quelque chose de vrai, si elle s’applique aux prêtres qui avaient prêté serment à la constitution civile ; plusieurs en effet furent mis à mort par les bandes royalistes. Le peuple n’a pas distingué entre eux. Dans l’Ouest, ces prêtres étaient exposés à toutes sortes d’avanies, et leur position était moins enviable peut-être que celle des prêtres réfractaires. Quelquefois on plaçait clandestinement dans le tabernacle de leur église un chat noir qui sautait brusquement pendant la messe. C’est le diable, criaient les paysans, et tout le canton s’insurgeait2. 11 courait des chansons et des formulettes injurieuses pour eux. Quand M. Cormeaux, curé de Plaintel, eut été guillotiné en 1794, ses paroissiens composèrent des litanies dont le refrain était :

Saint Cormeaux, délivrez-nous Des habits bleus et des jurous3.

Les bruits les plus absurdes étaient mis en circulation, et certains se rattachaient à des superstitions, ce qui contribuait à les faire plus facilement accueillir par les fanatiques et les ignorants. Les écrivains ecclésiastiques, qui sont trop souvent dépourvus de charité et même de justice quand il s’agit des prêtres assermentés, ne les ont pas recueillis, mais on peut juger de ceux que l’on répandait dans les campagnes, par ce passage d’une lettre de l’évêque de Rennes, qui se rapporte à ceux qu’on avait inventés dans sa ville épiscopale : En 1793 on faisait descendre du ciel des lettres qui me condamnaient, des hommes qui croyaient bien avoir la mesure de la crédulité populaire publiaient hardiment qu’on me voyait toutes les nuits en loup-garou courir les rues et faubourgs de Rennes, la tête en bas ; on faisait aller quelques malheureux sur le pont Saint-Martin pour voir passer à minuit précis les morts qui désertaient le cimetière béni par moi 4.

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