G. P. de Ritalongi. Les Bigoudens, p
4. Paul Kébillot. Légendes locales de la Haute-Bre/agne, t. Il, p. 154
5. J. Lecœur. Esquisses du Bocage normand, t. Il, p. 99 lüî 374
Les âmes des émigrés fusillés après le désastre de Quiberon se réunissent la nuit a lie Auray près d une croix de pierre (C. d’Amézeuil. Légendes bretonnes, p. 152"
386 l’histoire de France dans la tradition populaire
Les guerres civiles forment la partie la plus abondante et la plus curieuse du folk-lore révolutionnaire ; leurs épisodes ont pris, surtout dans l’ouest, une forme traditionnelle quia vraisemblablement englobé plusieurs traits de convulsions politiques plus anciennes. Par la Constitution civile du clergé, la Révolution avait froissé bien des consciences : l’émigration d’une partie des nobles, la suspicion dont ceux qui restaient étaient l’objet, créa aussi de profonds mécontentements. Mais quelques graves qu’ils fussent, ils n’auraient peut-être pas suffi pour provoquer des résistances à main armée. La levée de 300,000 hommes ajoutant un nouvel élément de discorde à tous ceux qui existaient déjà, amena le soulèvement d’une partie de ces provinces.
Ces pays furent coupés pour ainsi dire en deux : les villes, les gros bourgs et un grand nombre de communes rurales soutinrent énergiquement les idées nouvelles ; les paroisses où vivait, loin de Versailles et de la cour, une noblesse populaire, en rapports constants avec les paysans qui considéraient ces gentilshommes campagnards comme des espèces de chefs de clans, se soulevèrent au contraire, et pendant des années opposèrent aux armées de la République une résistance plus difficile à vaincre que les invasions des armées régulières. On vit alors en présence les bleus, ainsi nommés à cause de la couleur de l’uniforme de l’armée républicaine, et les blancs, qui tiraient leur nom à la fois de la couleur de l’uniforme royal et de celle des lys. Ces noms ne furent pas les seuls : les chouans et les Vendéens appelèrent Patauds les habitants des villes républicaines qui se trouvaient au milieu de pays royalistes. C’était une forme méprisante de patriote : elle est restée le sobriquet de plusieurs localités ; on dit encore les « Patauds de Nantes», les « Patauds de Saint-Aubin-du-Gormier », etc. En Anjou et dans le Maine, Patauds était le surnom des républicains civils, la qualification de bleu étant spécialement réservée aux républicains militaires. Le sobriquet de « chouans » est celui d’un assez grand nombre de communes de l’ouest, presque toutes rurales, qui en effet prirent part à l’insurrection. En Ille-et-Vilaine, « avoir de la plume aux pattes » signifie, comme dans le Haut-Maine, être royaliste, par allusion au chouhan ou chat-huant, qui présente cette particularité l. Quelques blasons de villes ou de villages font aussi allusion à des faits de la guerre civile. C’est ainsi qu’en Ille-et-Vilaine on appelle les gens de Gosné les «Cantaches». Cantache est un endroit oùles chouans de cette commune attaquèrent un courrier du gouvernement 2. Le sobriquet Pétaches d’Avignon, poltron d’Avignon, se rattache, dit-on, à la
1. Paul Sébillot. Blason pop. delà Raule-Bretagne, passim ; J. Lecœur. Esquisses du Bocage , t. I, p. 193 ; Menière. Dicl. éty. angevin $ Montesson. Vocabulaire du Haut-Maine.