‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 447 sur 503 · LES MEURTRES DE LA GUERRE CIVILE · texte numérisé non relu

LES MEURTRES DE LA GUERRE CIVILE

communes des Côtes-du-Nord qui fournirent un fort contingent à la chouannerie, et dont plusieurs sont même encore maintenant royalistes, les récits attribuent aux chouans la majorité des actes criminels et des attentats contre les personnes ou les propriétés commis à cette époque. Ils enterraient les gendarmes jusqu'au cou et s'amusaient à jouer aux billes en prenant pour but leur tête brûlaient à petit feu les acquéreurs de biens nationaux ou chauffaient les femmes qu'ils faisaient asseoir, les jupes retroussées, sur les tuiles à galettes, pour les forcer à découvrir la retraite de leurs hommes ou la cachette où était leur argent ; ils emportaient les couettes des lits et mettaient le cidre à courir quand ils étaient lassés de boire. A Dourdain près de Rennes, on dit qu'ils coupaient les doigts des bleus en se servant, en guise de billot, de la balustrade qui entoure l'autel2. Aux environs de Châteaubriant on appelle Chemins de la Tuasse, ceux où des Bleus ou des Chouans ont été tués;t.

Voici parmi les histoires de meurtres celles qui présentent quelque caractère légendaire. Sur les dalles de la petite chapelle Sainte-Croix, à Josselin, des moisissures rouges marquent la trace du sang de deux jeunes paysans tués par les bleus et dont les cadavres furent déposés à cet endroit \ Quelquefois des ombres hantent le lieu de leur supplice : au lieu appelé le Morbihan, près de Monlmuran (Ille-et-Vilaine, ou voit revenir des républicains fusillés par les chouans; à la barrière delà Châtaigneraie, en Gennes, se montre parfois, la nuit, un spectre noir portant un cercueil sur ses épaules: c’est là que furent enterrées sommairement cinq femmes que les chouans avaient saignées à la gorge. Il y a une vingtaine d’années on disait qu’on voyait à minuit près d'une chapelle de Montreuil sur-Maine (Maine-et-Loire) un hussard montant la garde à la porte; c’était l'ombre d'un cavalier bleu tué pendant la Chouannerie ;; en Poitou le fantôme achevai d’un gendarme pris par les chouans, attaché à un arbre et achevé après mille cruautés, vient la nuit visiter le lieu du supplice, en poussant des cris épouvantables. Il commença à paraître peu de temps après sa mort, et ceux qui avaient entendu ses cris, lorsqu’il subissait ce martyre, croyaient reconnaître sa voix 6.

1. Néel de la Vigne daDS ses Souvenirs , Dinan, 1830, in-8, p. 99, dit qu’on enterra jusqu’au cou un commis de district qui passait pour être d’intelligence avec !es royalistes, lorsque ceux ci crurent qu’il les trahissait. Les exécuteurs postés à courte distance lançaient sur sa tète des projectiles de toutes leurs forces.

r’e supplice avait été usité à l’époque de la Ligue : Ils (les huguenots) en ont quelquefois enfoui jusqu'aux espaules pour jouer au palet ou à taboulé. (L. Vitet. Histoire de Dieppe , p. 17).

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