Léo Desaivre. I.e Monde fantastique, 1882, iu-8, p
390 i/hISTOIRE DE FRANCE dans la tradition populaire
Quelques victimes des guerres civiles ont été l’objet d'une canonisation populaire, et une sorte de culte s’attache parfois à leur sépulture. La Tombe à la fille, dans la forêt de Teillay, marque l’endroit où fut tuée une paysanne qui avait dénoncé aux gardes nationaux de Bain les royalistes qui se cachaient dans le sous-bois. Elle est aussi connue sous le pom de sainte Pataude, que les chouans lui donnèrent par dérision ; les paysans des environs viennent prier sur sa fosse, qui est ornée d’une multitude de petites croix Une croix de granit sur la route de Pluneret à Sainte-Anne d’Auray rappelle la mémoire de saint Bleu ; c’est là que tomba sous les balles des chouans un soldat républicain dont on ignore le nom 2. On se rend en pèlerinage près de Paule à une croix érigée à l’endroit où fut, en 1793, fusillé le recteur de celte commune; les gens du pays l’appellent saint Carapibo, et déposent des offrandes au pied de la croix qui porte son nom3. Un bouleau qui, dans la forêt du Theil marque la place où tomba, mortellement blessé, un nommé Gendrot, est orné de nombreux ex-voto offerts par les fiévreux4. A Vritz (Loire-Inférieure) on a élevé un petit tertre, surmonté d’une croix à un prêtre assermenté que tuèrent les Chouans : les femmes du voisinage qui ont mal à la tête font une prière, et promettent, si elles sont guéries, d’aller prier sur sa tombe ; en même temps, elles rabattent sur leur front la bride de leur coiffe, qu’elles coupent, une fois débarrassées de leur mal, et qu’elles vont déposer sur la croix3.
Les faits de guerre proprement dits qui nous ont été conservés sont en assez petit nombre G. Voici le seul qui contienne des éléments traditionnels : un convoi fut attaqué et pillé par les royalistes, à la montée de Cormarie, dans la forêt de Bennes ; mais d’après la légende un seul homme exécuta cette entreprise: il disposa tout le long de la côte, parmi les arbres, des mannequins habillés comme des chouans, et lorsque la voiture arriva avec son escorte au lieu où il les avait postés, il se montra, un fusil à la main, et déclara aux gendarmes que s’ils faisaient résistance, ils seraient tous fusillés. Croyant avoir affaire à une troupe nombreuse, ils se sauvèrent au plus vite, et l’homme put puiser à son aise dans la caisse du gouvernement 7.
Plusieurs récits de la veillée sont favorables à certains chefs de la chouannerie. Boishardy, qui tenait la campagne aux environs de Moncontour, était, disent les paysans de ce canton, un assez bon homme, qui
1. (Chanoine Goudé). Histoires et légendes de Châteaubriant , p. 352.