LES CHEFS ROYALISTES
n'était pas mauvais à l’égard des pauvres gens ; lui et sa femme couchaient habituellement sur un grand chêne. Un jour que Boishardy se trouvait dans une ferme, elle fut cernée par les bleus qui étaient à sa recherche ; il y avait là trois femmes qui avaient chacune un enfant à la mamelle ; elles dirent à Boishardy de se coucher en travers du foyer, et toutes les trois s'assirent sur l’espèce d’estrade en pierre que l’on voit encore dans beaucoup de maisons rustiques en avant de l'âtre ; elles le cachèrent ainsi, et donnèrent à téter à leurs enfants ; les bleus ne les dérangèrent pas, et Boishardy leur échappa encore cette fois. Il couchait souvent dans le' creux d'un rocher qui se trouvait non loin de la propriété dont il portait le nom, et dont l’ouverture était fort étroite ; en 1833, tout le monde la connaissait dans le pays, et on ne la désignait que sous le nom de Cache de Boishardy1.
Le nom de Charette est devenu un terme de comparaison populaire ; actuellement en Haute-Bretagne, on dit d’un homme attaché aux idées légitimistes : « Il est chouan comme^Charette. » Un similaire de ce dicton était usité à une époque contemporaine du général vendéen ; d’après une notice placée au-dessous d’une estampe de Duplessi- Bertaut, qui le représente, marchant au supplice, quand on voulait désigner un mauvais citoyen, on disait : « Il est patriote comme Charrettel » De même que beaucoup d’autres chefs de cette époque, il avait des surnoms ; on l’appelait le « Petit Capet » ou le « Petit Savoyard ». Aux environs d’Ancenis, il a laissé la réputation d’un vert galant, très entreprenant avec les filles et les femmes, brave, audacieux à la guerre, mais aussi très brutal. On dit en proverbe : « Hardi comme Charette », et aussi « Paillard comme Charette ». Toutefois, de même que Boishardy, il n’était pas trop dur envers les gens de la campagne. Suivant une tradition du pays nantais, après son entrée triomphale à Nantes, il alla consulter une diseuse de bonne aventure qui demeurait place Viarmes. Cette femme vit dans du marc de café que le chef vendéen serait fusillé place Viarmes, non loin de l’endroit où Cathelineau avait été blessé à mort 2.
Une légende des bords de la Loire veut que Cathelineau ait passé la nuit qui précéda le siège de Nantes au moulin du Bernardeau, près d’Ancenis, bien connu à cette époque à cause des signaux qu’il faisait avec ses ailes. La meunière qui était une femme galante, et qui n’avait pas été cruelle pour le général, soutint le jour du passage de la Loire par l’armée vendéenne, une sorte de siège contre les hussards de Westermann qui s’emparèrent du moulin et la fusillèrent 3. La tradition attribue à d’autres meunières un penchant décidé pour les royalistes.
1. Paul Sébiltot. Trad., t. I, p. 383 ; Habasque. Notions historiques , t. I, p. 406.
2. Paul Sébillot. Les souvenirs historiques en Bretagne. Vannes, 1889, in-12, p. 33.