Léon Séché, in Phare de la Loire , nov
l’histoire DE FRANCE DANS LA TRADITION POPULAIRE
A Laillé, un chef de chouans, Théaudière, dit Vive la Joie, s’était fait aimer d’une meunière qui rendait d’incontestables services aux chouans, car suivant que les ailes de son moulin étaient en croix ou eu forme d’X, les blancs savaient que les bleus étaient plus ou moins éloignés '.
Le dossier traditionnel des luttes que les armées de la Révolution eurent à soutenir contre l’étranger est'bien mince en comparaison de celui des guerres civiles. Il ne semble pas que les généraux républicains, dont quelques-uns accomplirent des actes qui tiennent du prodige, aient laissé de traces dans les souvenirs du peuple ; toutefois Latour d’Auvergne, le premier grenadier de France, passait aux yeux de ses compatriotes pour être possesseur d’un louzou, d’un talisman caché qui lui assurait la victoire ; ses grenadiers croyaient naïvement qu il avait le don de charmer les balles 2. Une complainte semi-populaire sur la mort de Roche a été autrefois chantée en Vendée 3.
Sur les côtes de Bretagne, les guerres maritimes de la Révolution et de 1 empire sont l'objet de quelques récits. Le diable monta à bord d un navire de 1 Etat, la frégate la Cornélie, dont le capitaine se donna à lui, à la condition d’arriver en quinze jours aux Grandes-Indes. Une chanson du Nivernais, qui parle de la prise d’un vaisseau anglais, semble se rapporLer à l’expédition d’Irlande 4.
Sur le littoral l’opulence des corsaires est restée proverbiale ; ceux de Saint-Malo étaient si riches qu’ils fricassaient des piastres. Mais les gens n’ajoutent pas, comme Chateaubriand, qu’après les avoir fait sauter dans la poêle, ils s’amusaient à les jeter aux gamins, pour se donner le plaisir de voir les grimaces qu’ils faisaient en se bousculant et en se brûlant pour les attraper5. On racontait jusqu’à ces derniers temps des anecdotes qui se rattachaient aux pontons : un marin, pour ne pas mourir de faim, se dévora les mollets : un matelot deSaint-Cast avait été tellement secoué à bord d'une de ces prisons flottantes que, pendant toute sa vie, il ne pouvait s’empêcher d’imiter en marchant le mouvement d’un bateau à l’ancre tourmenté par le roulis. Ceux qui étaient à terre n’étaient pas mieux traités : un pêcheur de Plévenon fut attaché comme un chien, avec une chaîne, à l’entrée d’un fort, et en passant auprès de lui, les enfants lui criaient d’aboyer. Un jour il dit à 1 un d eux : « Non, je n’aboierai pas ; mais si vous voulez, je sais des contes de mon pays et je vous les conterai ». L’enfant alla rapporter à ses parents les paroles du prisonnier; ils le firent détacher, et lui