LE DIABLE ET LES SAINTS
balle, un énorme bloc erratique, se voit près du rivage à un mille et demi de distance L Le géant Marre avait arraché le menhir de saint Polycarpe de la Roco de broundo , pour le lancer sur le village d’Alet, à sept kilomètres de là ; mais dans le trajet, la pierre heurta le sommet de la montagne et s’y planta solidement 1 2. Rannou le Fort étant à son manoir de Tréléver, à une demi-lieue de Guimaec (Finistère), apprit que des vieilles femmes, attroupées dans une maison du bourg, débitaient des horreurs sur son compte ; il arracha un peulvan et le lança dans la direction de la maison indiquée ; la pierre passa à quelques pouces au-dessus du toit, et vint tomber dans le cimetière où on la voit aujourd’hui 3.
La tradition rattache quelques-unes de ces pierres, au nombre de deux ou plus, assez voisines les unes des autres, à des luttes entre le diable et des divinités chrétiennes. A Rogues deux menhirs, dits Peyros plantados , doivent leur origine au défi que deux démons jouant au palet sur les montagnes de la Tude portèrent à Jésus-Christ ; la pierre lancée de toutes ses forces par un des démons tomba tout près de là; l’autre n’atteignit que les environs de mas Campaillou, mais celle du Christ, poussée seulement du bout du pied, vint se ficher plus loin en face de l’église de Rogues*. Saint Hervé, voulant se mesurer avec le diable, lança les trois menhirs à Squiffiec du haut de la montagne de Bré, en Pédernec3 5. Lorsque notre dame Marie-Madeleine vint s’établir en Bretagne, elle y trouva le diable et elle résolut de le chasser, ce qu’elle fit en le poursuivant et en lui jetant les pierres que l’on voit alignées à Lestridiou ; la Madeleine les portait dans son tablier et les lui jetait au fur et à mesure de sa fuite 6.
Nombre de menhirs s’appellent Pierre du diable (Saint-Pol de Léon, Finistère), Lecluse (Nord), Clermont près de Namur, Pierre au diable (Pont-sur- Vanne, Yonne) etc7. Ces noms, comme beaucoup d’autres du même genre, on été imposés aux divers mégalithes pour jeter sur eux une sorte de discrédit, et détruire le culte que le peuple leur rendait. Plusieurs légendes font remonter l'origine des menhirs à des épisodes de constructions entreprises par Satan qui fut, comme on sait, un grand bâtisseur. Quelques-uns de ceux de l’Ille-et-Vilaine sont en relation avec le Mont Saint-Michel, qu’il s’était chargé de construire ;