‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 54 sur 503 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

CULTES ET OBSERVANCES MEGALITHIQUES

Pendant les premiers siècles qui suivirent l’établissement du christianisme en Gaule, les conciles (Arles, 452, Tours, 567, Nantes, vers 658 etc.) se sont maintes fois élevés contre le culte des pierres, et ont ordonné de renverser celles auxquelles on rendait hommage, et de les enfouir de laçon à ce que leurs tidèles ne pussent les retrouver *. Les instructions des évêques, et spécialement celles, si connues, de saint Eloi, les capitulaires renouvellent ces prescriptions, ce qui montre la persistance des dévotions populaires aux mégalithes. Il est vraisemblable que parmi les causes qui empêchèrent la destruction de ces pierres vénérées entra, pour une large part, la croyance quelle pouvait attirer à bref délai de graves malheurs sur les sacrilèges et même sur le pays tout entier. Cette idée, qui était peut-être une survivance des anathèmes lancés, des milliers d'années auparavant par ceux qui avaient élevé ou consacré ces rudes monuments, contre ceux qui leur auraient porté atteinte, a traversé le moyen âge, et elle est loin d’avoir disparu. On en a relevé peu de témoignages anciens; cependant une vieille chronique raconte qu’un chevalier normand, contemporain de Henri II d Angleterre, ayant démoli, en construisant un château à Guernesey, un antique cromlech, les gens du voisinage lui prédirent qu il serait maudit à cause de cette action, et en effet, depuis ce moment jusqu’à sa mort, il éprouva une suite ininterrompue de disgrâces2. Deux observations très précises, faites vers le milieu du XVIIIe siècle, montrent que des croyances apparentées subsistaient toujours. Les habitants voisins du ménir (sic) de la Haute-Borne près le village de Fontenai, non loin de Joinville, en Champagne, accoutumés de temps immémorial et par tradition à respecter ces monuments sans savoir le motif de leur respect, prétendent qu’on n’y avoit jamais tenté une fouille sans qu’il leur soit arrivé quelque malheur, et de fait l’année qui suivit les travaux de Legendre (1750) les récoltes du canton

1. Ducange. Gloasariüm, v° Petra. Voici le canon XX du Concile de Nantes • Lapi¬

des quos m ruinosis loc.s et sylvestribus dœmonurn decepti venerantur ubi et vota vovent et déferont, funditus effodiantur atque in tali loco projiciantur Tnunquam a cultonbus suis mveniri possent. nunquam

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