‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 56 sur 503 · LE RESPECT DES MÉGALITHES · texte numérisé non relu

LE RESPECT DES MÉGALITHES

on déplaça le menhir de Grand-Couronne pour en orner le tombeau de l'archéologue Langlois, les bonnes femmes du voisinage assaillirent les ouvriers de prédictions funestes et l’on alla même jusqu’à affirmer que la pierre retournerait au lieu où on l’avait prise. Dans l’Indre et dans la Charente-Inférieure, ceux qui enlèvent les pierres des dolmens meurent dans l’année, et l’on cite en Anjou la mort subite d'un homme qui en avait détruit un situé sur ses terres. Suivant une croyance relevée à Begadan (Gironde) le propriétaire lui-même qui permet de les fouiller est exposé à voir succomber un de ses proches, avant un an ; dans l'Aveyron celui d’un dolmen ruiné refusa de le laisser explorer, craignant de commettre un péché. Lors des fouilles de la butte de Run près de Treffiagat (Côtes-du-Nord) les habitants redoutaient les représailles des Corriquet, et l’un j(d’eux assurait plus tard que pour se venger, ils venaient lutiner les chevaux dans son écurie L

Si l’on creusait au pied des dolmens d’Ardillières (Charente-Inférieure), on y trouverait le chemin de l'enfer et l'imprudent qui s’y engagerait ne reviendrait jamais 2. Lorsqu'on voulut diviser la grande dalle de Peyrolebado, dans l’Aveyron, à chaque coup de marteau sur les coins on en vit jaillir du sang et ils étaient rejetés au loin. Le menhir de Saint-Quantin près de Felletin se défendit contre les ouvriers envoyés pour le renverser, en faisant sortir de terre des langues de feu. Des jeunes gens qui avaient essayé de déplacer une Roche branlaire d’Auvergne furent enveloppés dans une nuit profonde3.

Les vieillards de Plounéour-Trez racontaient qu’on avait souvent essayé d’enlever les pierres d'un cromlec’h pour les utiliser comme matériaux ; le fer s’émoussait dessus et si on les renversait, elles se relevaient toutes seules4. Le propriétaire du menhir de Vieux dans le Tarn ayant voulu déplacer celte pierre que les habitants regardent comme sacrée, des mains invisibles venaient là nuit boucher le trou fait à sa base 3. On prétend même dans le Morvan que les esprits gardiens des mégalithes interviennent en leur faveur : Au temps jadis un riche baron fit attacher plusieurs paires de bœufs pour abattre le

1. Amélie Bosquet. La Normandie romanesque, p. 186 ; L. Martinet. Le Berry pré¬

historique, p . 60; F. Daleau. Légendes des mon. mégalithiques, p. 692 ; C. Fraysse. LeF.-L. du Baugeois, p. 15 ; abbé Valadier, in Mém. de la Soc. des lettres etc. de l'Aveyron, t. IX, 1859-1867, p. 218 ; P. du Chàtellier, in Soc. d'émulation des Côtes-du- Nord, 1879. -x

2. On employa des paires de bœufs à renverser le dolmen d'Ardillières (Charente- Inférieure) mais la table déplacée le soir était revenue à sa place le lendemain (Soc. des Antiq. de l'Ouest, t. V, p. 88) ; Une grosse pierre informe, supposée recouvrir un trésor, s'appelait la Porte d’Enfer. (Amélie Bosquet. La Normandie romanesque, p. 87).

3. Abbé Valadier, in Soc. des lettres etc . de l' Aveyron, p. 218 ; L. Duval. Esquisses marchoises, p. 26 ; Rev. des langues romanes, 3eœe série, t. 111, p. 158.

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