Rev. des l. romanes, 2e série, t. III, p
CULTES ÉT OBSERVANCES MÉGALITHIQUES
menhir de Pierre Pointe (Côte-d’Or). Il commençai Là s'incliner lorsque la fée qui y avait sa résidence s’échappa sous forme d'un oiseau blanc, et lança cet appel à un autre bloc situé un peu plus loin et appelé Pierre Sarrasine :
Sarazine \
Ma bonne voisine,
Si tu ne viens à mon aide,
Les bœufs de Pierre-Pointe m’emmènent.
A l'instant les cordes se brisèrent et les bœufs furieux se sauvèrent dans toutes les directions 1 2.
La terre qui provient de ces mégalithes est funeste aux récoltes ; vers 1830, on disait dans les Côtes-du-Nord que celle des tumulus les faisait périr ; un chercheur de trésors ayant démoli le dolmen de Penestin (Loire-Inférieure) n’y trouva qu’une terre jaunâtre qu’il eut l’imprudence d’étendre sur son champ, et qui brûla toute sa moisson 3.
Le simple manque de respect peut être dangereux : Depuis plusieurs générations on recommande aux faucheurs de ne pas couper le foin autour et au-delà d’une grosse pierre debout du champ de la Iloumière, avant que le reste du foin n’ait été logé, car dès que l'on touche à celui qui l’entoure, fît-il le plus beau temps, il s’élève aussitôt un orage. Si .l’on aiguisait son couteau sur la pierre de Hollain près de Tournay, on serait sûr de le perdre, ou il se retournerait contre celui qui aurait commis cette imprudence 4.
Il est rare que l’on relève des actes irrévérencieux accomplis près de ces monuments par les indigènes ; parfois au contraire, on rencontre des vestiges de l'antique vénération qui s’y attachait, et il n’est pas sans exemple de constater des pratiques où les anciennes religions et celle actuellement régnante se trouvent pour ainsi dire associées. Dans l’Aveyron, les vieillards se découvraient respectueusement quand ils passaient près du dolmen des Claparèdes, dit VOustal dé los Foderollus ; mais ils faisaient aussi un signe de croix. Pour détourner les maléfices, on ne manquait pas de se signer devant le menhir de la Femme Blanche, dans la foret de Marcon. Lorsque les enfants étaient auprès d’un polissoir de Nettonville (Eure-et-Loir) appelé Bénitier du Diable, parce que la cuvette en a été creusée par lui, ils puisaient un peu de l’eau qui y séjourne et faisaient le signe de la croix. En 1833, on se
1. C’est le nom d’un grand bloc couché dans la forêt voisine de Thoisy.
2. Hipp. Marlot, in Rev. des Trad, pop., t. XII, p. 498; Mém. delà Société éduenne , t. XVIII, p. 315.
3. Habasque. Notions hist. sur les Côtes-du-Nord, t. III, p. 86 ; H. Quilgars, in Rev. des Trad. pop., t. XVI, p. 390.
4. Edgar Mac Culloch. Guernsey Folk Lore, p. 129; Alfred Ilarou, in Rev. des Trad. pop., t. V, p, 231, cf. t. I, p. 293, du F.-L. de France, le célèbre passage de Lucain où les haches se retournent contre ceux qui en frappent les arbres.