A. de Gaumont. Antiquités monumentales, t. I, p
CULTES ET OBSERVANCES MÉGALITHIQUES
jeunes gens du pays dans la croyance que cette action les fera se marier vite. On trouve de temps en temps sur la pierre Saint-Martin-de- Brèche (Indre-et-Loire) des sous, des fruits, du pain, du fromage, qui y sont offerts par ceux qui leur attribuent des propriétés merveilleuses f. Les enfants portent à la Mère-aux-Cailles (Eure-et-Loir) des tartines de beurre, de confitures, etc., qu’ils placent dans un trou assez profond creusé dans un des côtés du menhir1 2. C’est peut-être en raison d’un usage rituel tombé en désuétude qu'à Pile d’Yeu, les enfants ramassaient naguère au hasard deux petites pierres, et les déposaient sur un petit monolithe, situé entre le bourg et le port, en disant : « Grand’mère, voilà du pain et du lard 3 . » Tous les ans, la veille de Noël, les magayantes ou pêcheuses de varech de 1 île de Ré mettaient dans la cavité d’un mégalithe appelé la Pierre qui vire, des morceaux de pain destinés aux oiseaux. Grâce à cette offrande, elles espéraient avoir de bonnes pèches toute l’année, mais à la condition d'avoir apostrophé la pierre par ces mots : « Tourne ou vire ! » répétés trois fois, car cette pierre avait la réputation de tourner trois fois sur elle-même, lorsque la veille de Noël sonnait minuit4. Autrefois on plaçait au printemps une poignée de trèfle sur le dolmen appelé Palet de Gargantua à Saint-Benoît-sur-Mer (Vendée) pour être préservé du cheval Malet, qui allait jeter dans les précipices ceux qui montaient sur son dos 5. Les mères des conscrits posent sur la Pierre Dyallan, avant de l’invoquer, une branche d’arbre6.
La Pierre Percée de Traves, dans la Haute-Saône, a été pendant de longs siècles l’objet d’un culte spécial : à certaines époques, surtout à la Saint-Jean et à Noël, les croyants venaient y brûler de petites chandelles7. Autrefois les âmes pieuses, non contentes de prier près du dolmen renversé des Pierres d’Amuré (Deux-Sèvres), lui offraient encore de petites pièces de monnaie.
Quelquefois les objets placés auprès des mégalithes ne constituent pas une simple offrande ; ils se rattachent plutôt à la croyance, fort répandue, suivant laquelle on peut faire passer son mal dans un objet inanimé, et s’en débarrasser en le transmettant à celui qui le ramasse. A l’île de Sein les fiévreux font déposer au pied des menhirs neufs galets apportés dans le mouchoir du malade ; celui qui les recueille prend la fièvre 8.
1. Th. Voikov, in Rev. des Trad. pop., t. VIH, p. 448; L. Bousrez. Mégalithes de la Touraine , p. 6.