‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 86 sur 503 · LES HACHES ET LA MORT · texte numérisé non relu

LES HACHES ET LA MORT

Saint-Philbert, village situé entre la Trinité et Locmariaquer (Morbihan) les femmes font bouillir les haches de pierre dans l’eau destinée aux vaches afin qu’elles donnent du lait1 ; un cul Livateur[de cette commune conservait une hache en diorite qui avait surtout la propriété [de faire revenir le beurre que des voisins jaloux avaient enlevé par des procédés magiques ; il suffisait pour cela d’en frotter le pis de la vache 2.

Quelques paysans des environs de Dinan croient que celui qui trouve dans son propre champ, une hache ou un couteau de pierre est assuré de sa part de Paradis. Dans l’Ain, on considère la trouvaille d’une flèche en silex, ou d’une hache en pierre polie comme un présage de chance exceptionnelle. Un cultivateur des environs de Mâcon qui a recueilli dans ses terres une hachette polie la conserve précieusement, persuadé que sa vie en dépend. Il croit constater une diminution dans son volume ; quand elle n’existera plus, dit-il, ma dernière heure aura sonné3. Une vieille femme du pays de Dinan, tombée dans la plus profonde misère, prétendait que tous ses malheurs provenaient de ce qu’on lui avait volé une hache en pierre polie trouvée par son grand père près de la fontaine de Saint -Maudez 4 5.

Dans le pays de Luchon des jeunes gens, pour ne pas être pris à la conscription, portaient sur eux une pierre à tonnerre D.

Les ustensiles, et plus rarement les parures de l’âge de pierre, sont associés à la mort et aux rites funéraires. A Corseul (Côtes-du-Nord) on empruntait, pour que les agonisants pussent l’embrasser, une hache en pierre qu’un habitant du pays tenait de ses anciens6. Dans le Morbihan, les haches-marteaux sont appelées marteaux bénits, et l’on dit qu’elles servaient à casser la tète des vieillards au temps passé où les gens vivaient trop vieux7. Des traditions relatives à cette pratique des temps reculés ont été recueillies de nos jours ; l’instrument de 1 âge de pierre avait été remplacé par une arme en bois. Les habitants voisins de la Montagne de Mané-Guen prétendaient, vers 1845, que les vieillards lassés de la vie se rendaient jadis sur son sommet afin que l’un des druides qui y résidaient les en débarrassât en les frappant avec sa massue sacrée. On raconte â Caurel (Côtes-du-Nord) qu autrefois on assommait les vieillards avec le premier bâton venu; mais que depuis l’introduction du christianisme, on fit bénir un mât (espèce de

1. Bleicher et Faudel, fasc. 1, p. 84; D’Ault du Mesnil, in Rev. des Trad. pop., t. XVIII, p. 117.

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