Comm. de M. Z. Le Rouzic
CULTES ET OBSEHVANCÉS MÉGALITHIQUES
gros marteau en bois) qui était déposé dans le creux d’un if près de la porte de l’église, où on allait le prendre en cas de besoin. Il n’est pas rare d’entendre dire d’un vieillard à charge à sa famille : Le pauvre vieux, il a été oublié, il faudra aller chercher le mât béni de Caurel. On assure dans le pays qu’on venait jadis de très loin l'emprunter et c’était surtout les vieilles femmes que l’on assommait avec1.
Les possesseurs de haches en pierre polie semblaient parfois vouloir les emporter dans l’autre monde. Un homme de Corseul (Côtes-du-Nord) décédé il y a peu d’années, voulut que la sienne fût mise entre ses mains dans sa bière en même temps que son chapelet. Dans le Bocage vendéen des pierres polies étaient déposées dans les cercueils, et le mort s’en servait, dit-on, pour reconnaître sa route quand il revenait parmi ses proches2. Cet usage, qui était peut-être une survivance préhistorique, avait subi une christianisation comme dans l’exemple suivant : Une pointe de flèche était attachée à un chapelet du XVIIe siècle provenant de la sépulture d’un moine bourguignon3. Quelquefois les paysans du Morbihan, qui avaient porté toute leur vie comme talisman le collier appelé gougad patereM, recommandaient de le poser près d’eux dans la tombe Jadis dans le Bocage vendéen, on mettait une pierre polie dans la bouche du trépassé, pour l’empêcher, disaiton, de discuter avec trop de vivacité devant ses juges suprêmes 3.
Plusieurs objets qui se rattachent au préhistorique, soit qu’ils aient été rencontrés dans les champs, soit qu'ils aient fait partie de mobiliers funéraires, sont regardés comme possédant des vertus talismaniques ou thérapeutiques analogues à celles qu'on attribue aux haches de pierre. Leur emploi en France n’a été jusqu’ici relevé que dans le centre et surtout dans le sud de la Bretagne. Dans le pays de Guérande, des colliers trouvés aux environs de la Grande Brière sont conservés dans les familles ; ils constituent des préservatifs contre tous les maux et empêchent les maléfices des sorciers15. Le gougad patereu (mot à mot : gorgée de grains) en usage autrefois dans plusieurs communes du Morbihan, était un collier-talisman composé de grains de diverses matières parmi lesquels dominaient les grains d’ambre jaune et les haches polies7. Aux environs de Pontivy, de Cléguerec, etc., on donne à ces talismans les noms de patereu ou patereu catare ; dans
1. Cayot-Delandre. Le Morbihan , p. 389; Emile Enaud, in Rev. clés Trad. pop.i t. VII, p. 153; L. Bonnemère, ibid., p. 538.
2. Lucie de V. -H., in Rev. des Jracl. pop., t. XXI, p. 123; Jehan de la Chesnaye, ibid., p. 170. On n’a pu savoir quelles étaient au juste ces pierres dont la destination rappelle les cailloux du Petit Poucet.