LES COLLIERS TALISMANS
la partie française du Morbihan, on les appelle Palenôlre de catare , dans le pays de Goarec (Côtes-du-Nord), Pater de catare. Quand on interroge le breton sur la nature et l'origine de son précieux bijou, il répond, suivant les régions, qu'il a été fait jadis du temps des fées et des saints, soit avec des herbes, soit avec des ossements de saints, ou que ce sont des chapelets de saints. En raison de cette dernière croyance, les paysans ont une grande répugnance à les vendre ; et c’est un sacrilège de s’en défaire pour de l’argent. Jadis, au moment du partage du mobilier, ils n’étaient cédés que moyennant une compensation, toujours en nature, qui était importante; le plus souvent cet objet restait la propriété de l’aîné, à charge de le prêter à ses frères et sœurs. Au commencement du XIXe siècle, les mariées du pays de Vannes et de Pontivy portaient parfois au cou un collier composé de grains multicolores qui était conservé dans la famille depuis un temps immémorial ’. Des possesseurs de ces colliers les prêtent ou les louent aux personnes malades ; ils guérissent la lièvre, les maux d’yeux, le catharre, les coups, rendent le lait aux nourrices, font sortir la dent des enfants et conjurent les sorts. On s’en servait autrefois pour la guérison des bestiaux malades ou ensorcelés. Chacune des perles a une grande renommée, et quelques-uns de ces grains ne sont efficaces que si les malades invoquent quelques saints particuliers du pays, et font une neuvaine. Avant de porter le collier, toujours composé d’un nombre impair de grains, le malade a soin de le défaire et d'enfiler les grains, en plaçant à dessein la pierre qui a le plus de vertu au milieu, sur trois fils de chanvre n’ayant encore jamais servi ; après cette opération, il ne manque pas de passer neuf fois le collier, en tournant, dans la flamme du foyer, à l’encontre du soleil, puis il le met à son cou et le garde pendant neuf jours2.
On rencontre des exemples de la christianisation de ces colliers : plusieurs chapelles en sont dépositaires, et le chapelain les prête aux malades moyennant un gage de cinq francs au moins, qu'il leur rend lorsqu’ils les rapportent L Le curé-doyen de Baud a seul le droit de bénir les bracelets et les colliers spécialement attachés au sanctuaire de la Clarté; on les confie, contre garantie, aux pèlerins qui les portent au bras ou au cou pendant un temps déterminé, neuf jours par exemple l. A Locoal Mendon (Morbihan) une belle pendeloque en calcédoine
1. Aveneau de la Grancière. Les parures préhistoriques, p. 101, 102, 103.