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Dictionnaire françois celtique

LÉGENDES DE SACRIFICES HUMAINS

Ghiron, débitée, il y a une cinquantaine d’années pour faire les marches de l’église Saint-Sauveur *. Le Rouge, après avoir parlé des dolmens de Jersey, ajoute : il parait par leurs figures et la grande quantité de cendres que l’on trouve autour de ces pierres que c’étoient des autels. Elles sont presque toutes placées sur des éminences au bord delà mer, ce qui pouvoit faire croire qu’elles étaient dédiées aux divinités de l’Océan. A dix ou douze pieds de distance de chacun de ces autels on trouve une plus petite pierre en forme de dé à peu près, où 1 on présume que le prêtre faisoit ses cérémonies tandis que le sacrifice brûloit sur l’autel 2.

La Sauvagère et Caylus, à propos d'une concavité sur un bloc de Carnac, disent qu’elle a peut-être été creusée à dessein et que cette pierre servait d’autel où l’on sacrifiait aux faux dieux ; mais ni l’un ni l’autre ne généralisent, et on ne retrouve pas cette hypothèse dans les divers endroits où ils décrivent des dolmens véritables. C’est la preuve que, vers 1764, la théorie des sacrifices humains sur les mégalithes ne s’était pas nettement manifestée: mais Caylus la réfute par avance dans le passage fort intéressant où il émet des idées conformes à ce que les fouilles modernes ont révélé, et où il conclut que ces monuments sont antérieurs aux druides : La quantité de ces pierres qui ne sont point l’ouvrage d’un petit nombre d’années, prouve notre profonde ignorance sur les anciennes révolutions de la Gaule; car je suis bien éloigné de donner ces monuments aux anciens Gaulois... ces pierres donnent l’idée d’un culte bien établi ; et nous savons assez quelles étoient les mœurs et la religion des Gaulois pour ne point leur attribuer cette espèce de superstition... Ces réflexions augmentent la singularité du silence absolu que la tradition même a gardé sur un usage si répété ; on peut en inférer une antiquité d’autant plus reculée que du temps des Romains la trace en étoit perdue. César auroit parlé de ces monuments singuliers, ils le méritoient par euxmêmes : ils faisoient preuve de l'ancienne habitation du pays3 4.

L’opinion que certains mégalithes avaient pu servir à des cultes sanglants est exprimée à diverses reprises dans le Dictionnaire de Bretagne d Ogée (1778 1780). L’article Carnac l, rédigé en grande partie d’après La Sauvagère et Caylus, se termine par une dissertation de M. de Pommereul, qui conclut que ces pierres et les autres, telles que la

1. Mémoire sur l'ancienne configuration du littoral bas-poitevin , 1755, p. 16.

2. II. Le Rouge. Histoire des îles de Jersey et de Guernesey , 1757, p. 141.

3. Recueil des antiquités dans la Gaule, p. 254 ; Recueil d' antiquités t VI p

4. Les dolmens, qui, d’après l 'Inventaire des Monuments mégalithiques (1880), sont dans cette commune au nombre de 20, étaient encore enfouis sous terre. On n’en voit point là, dit Ogée, de posées en jambages qui en portent une troisième et fassent une espèce de porte.

CULTES ET OBSERVANCES MÉGALITHIQUES

Pierre levée de Poitiers, étaient consacrées à un culte religieux et public, et venant à parler de la pierre située vers l’ouest de l’extrémité de l'alignement de Carnac, déjà signalée par ses devanciers, et creusée en demi-sphéroïde allongé, il ajoute : Cette forme est si voisine de la régularité et si propre à recevoir des holocaustes, qu’il est difficile de ne pas croire qu elle étoit l autel où sacrifiaient les Barbares qui avait fait de ce lieu le temple de divinités non moins barbares qu’eux. Le rédacteur de la notice sur Locmariaker se contente de dire que ces pierres (près du Mont Hellu et dans les environs) avaient été érigées par les Romains pour offrir des sacrifices. Les prêtres gaulois reparaissent dans la description de Saint-Nic, et sous forme très affirmative : En regardant une grande pierre plate, posée sur quatre piliers de pierre brute, sur le sommet d une montagne qui domine la baie de Douarnenez, on est convaincu que sur ce monument se faisoient les sacrifices humains qu’on reproche aux Druides.

Cette note (1780) est antérieure d’une vingtaine d’années à la théorie des immolations sanglantes sur les dolmens, ainsi dogmatiquement formulée par la Tour d’Auvergne : On remarque à quelque distance de Carnac, entre Locmariaker et les bois de Kerantré, un autel antique, dont la table est soutenue par trois énormes quartiers de rocher. L’énorme pierre qui couvre ce monument de l’antiquité s’appelle en notre langue dolmin... C’est sur de tels autels... que les Druides sacrifioient à la divinité, choisissant le plus souvent des hommes pour victimes. Publica ejusgeneris habent sacrificia. ( Cœsar , l. VI) l. Cette affirmation ne fut pas acceptée sans réserve par les savants. Legrand d’Aussy qui s’était préoccupé des monuments alors appelés druidiques dju centre de la France, lut devant l’Institut, le 7 ventôse an VII, un mémoire dans lequel il la réfutait: Puisque M. Coret (La lour d Auvergne) cite pour son autorité César, je le prierai d’observer qu’à la vérité César nous apprend que les sacrifices humains étaient en usage chez les Gaulois, qu’il fait mention de grandes cages d’osier dans lesquelles les Druides en certaines circonstances et pour appaiser leur dieux faisoient brûler des hommes et spécialement des criminels, mais nulle part il ne dit que des hommes fussent égorgés sur de grandes pierres2. Plus tard Cambry écrira qu’un passage des Commentaires , mal entendu, est la cause des cruautés que l’on attribue faussement aux Druides3, et en 1840 Mérimée remarque que cette pratique est en évidente contradiction avec le témoignage de Diodore de Sicile (v. 31) qui

1. Origines gauloises, p. 22, note. Chateaubriand avait une idée plus juste lorsqu’il parlaitjde : l’une de ces roches isolées que les Gaulois appellent Dolmin et qui marquent le tombeau de quelque guerrier. ( Les Martyrs, ch. IX.)

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