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Monumens celtiques , p

LÉGENDES DE SACRIFICES HUMAINS

affirme que la victime était debout, puisque c’était d'après sa chute que les druides tiraient leurs présages1.

En dépit des réfutations de Legrand d’Aussy et de Cambry, la théorie dont la Tour d’Auvergne avait été le propagateur eut une rapide fortune. Elle la devait à son caractère simpliste qui expliquait d’une façon en apparence très claire, les motifs qui avaient conduit à ériger ces masses de pierres; la présence sur certaines de cupules, intentionnelles ou naturelles, des jeux de nature ou des érosions passèrent pour des rigoles destinées à l’écoulement du sang, ou pour des creux disposés pour recevoir le corps des victimes. Les romanciers auxquels cette barbarie supposée fournissaitdes incidents dramatiques ou des descriptions saisissantes, l’accueillirent avec empressement, et les peintres et les dessinateurs la popularisèrent. Pourtant quelques esprits critiques ne se laissaient pas séduire par ce pittoresque romantique, et l’examen même des prétendus autels leur inspirait des doutes, qui ajoutaient le poids d'observations d’après nature aux réserves faites par Legrand d’Aussy et Cambry, qui s’appuyaient surtout sur des textes. A leur tête se place en 1840, un inspecteur des Monuments historiques, Prosper Mérimée, déjà célèbre par ses écrits : S’il est un point, dit-il, sur lequel les archéologues soient d’accord, c’est que les dolmens servaient aux sacrifices humains. Vingt fois des gens très instruits m ’ont montré sur la table de ces monuments certaines cavités dans lesquelles on couchait la victime au moment de l'égorger. J’ai déjà dit que j’avais eu le malheur de ne jamais voir là que des accidents naturels... Ce n’est que par une série de suppositions probablement gratuites, qu’on est venu à les considérer comme des autels de la religion druidique. Du silence complet des auteurs anciens, qui ont cependant accordé quelque attention aux doctrines des prêtres gaulois, on pourrait inférer que ces monuments étaient préexistants à la religion des druides !.

Les observations de l'éminent critique ébranlèrent le système des sacrifices humains. Le Magasin pittoresque qui, en 1833, p. 71 et suiv.

1. Notes d'un voyage en Corse , p. 54 (lire 34) note. Une vignette de la Bretagne ancienne et moderne , de Pitre-Chevalier (1844) représente un homme étendu sur un dolmen.

2. Notes d’un voyage en Corse , 1840, p. 54 (c'est une erreur de pagination, il faut lire 34. 11 avait écrit précédemment :

Puisque j’ai parlé d’autels, je dois dire que dans aucun des dolmens à qui l’on peut supposer cette destination et que j’ai examinés, je n’ai vu de ces rigoles dont on a tant parlé, pratiquées de main d’homme et destinées à l’écoulement du sang des victimes égorgées. Tous sans exception m’ont paru recouverts d’une pierre brute en dessus, ayant il èst vrai quelquefois certaines cavités ou des espèces de canaux, mais tels qu’en présenteraient toutes les pierres extraites d’une carrière. J’y ai cherché vainement (sur la Pierre Levée de Poitiers) des canaux pour l’écoulement du sang des victimes dont plusieurs personnes m’avaient parlé. Les creux qu’on observe ont évidemment uue cause fortuite, et de plus ils seraient beaucoup plus propres à retenir un liquide qu’à favoriser son écoulement (Notes d’un Voyage dans l’Ouest de la France, 1836, p. 308 n.'et 368).

82 CULTES ET observances mégamthiques

et en 1839, p. 8 et suiv. avait, publié des articles pii ils étaient admis, en donnait en 1845, p. 293 et suiv, un troisième, très étudié, dont 1 auteur anonyme avait visité nombre de monuments, et il concluait en disant: L’opinion la plus répandue est que les dolmens ont été élevés pour servir de sépulture, et elle s’appuie sur ce qu’on y trouve des ossements, des joyaux et des armes enfouies. Cette opinion n’était pas aussi généralement admise que le disait le rédacteur de cette noLice. Dix ans après, Chéruel écrivait encore dans son Dictionnaire des Institutions de la France: On considère ces monuments (les dolmens), comme des autels druidiques, et en 1876, on pouvait lire dans le Dictionnaire breton-francais de Troude, v° dolmen : Ils (les Gaulois) y faisaient des sacrifices humains ou autres, ainsi que semblent 1 attester les petites haches et les coins trouvés sous ces monuments, ainsi que les rigoles tracées sur les pierres pour l’écoulement du sang.

Les fouilles, faites scientifiquement depuis le milieu du XIXe siècle, ont montré que les dolmens n’étaient autre chose que des monuments funéraires remontant à des époques très reculées. En 1853, et dans le pays précisément où l’on avait jusqu’alors praliqué le plus d explorations, le Dr Fouquet s’élevait contre les diverses explications, et en particulier contre celle qui faisait de ces monuments des autels destinés à des sacrifices humains, et il déclarait nettement que les dolmens étaient des tombeaux1. L’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, qui avait mis au concours la question de « déterminer par un examen approfondi, ce que les découvertes^faites depuis le commencement du siècle ont ajouté à nos connaissances sur l’origine, les caractères et la destination des monuments celtiques couronna en 1862 un mémoire d’Alexandre Bertrand. Celui-ci se prononçait catégoriquement contre l’ancienne théorie, qu’il rangeait parmi les hypothèses à réfuter et il concluait ainsi : Quant à l’opinion qui veut que 1 on ait sacrifié sur les dolmens des victimes humaines, elle doit être définitivement abandonnées. Quelques tables creusées par les ravages du temps, et très exceptionnellement, s’il y en a même de telles, par la main des hommes sans qu’il soit possible de savoir à quelle époque ; quelques rigoles, quelques trous pratiqués dans les supports de la chambre intérieure, sont des faits tout à fait insuffisants pour servir de base à une affirmation aussi grave. Les arguments tirés de quelques textes de la Bible, où il est parlé d’autels de pierre brute, ne prouvent pas que l’on sacrifiât des victimes humaines sur ces dolmens. On a fait d ailleurs justement

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