LA PREMIÈRE PIERRE
sel, de hanter le pont après son achèvement J. Une autre pratique relevée en Hainaul, a un sens moins clair : le vieux château de La Roche fut construit avec de la farine de froment en guise de mortier 2. On a vu, p. 70-71, que des objets préhistoriques ont été fréquemment placés dans les murs ou sous le seuil des maisons, dans un but de protection.
La pose de la première pierre d'un édifice est, encore maintenant, accompagnée d’usages qui ont perdu beaucoup de leur caractère primitif; mais auxquels le monde officiel lui-mème prend part. C'est ainsi que les chefs d'état ou les ministres lui donnent un coup de marteau ou font avec une truelle le simulacre d’y mettre un peu de mortier. Au-dessous a été placée une’^boîte qui contient en général des pièces de monnaie au millésimede l’année. Iln’est pas impossible qu’elles aient remplacé les objets auxquels on attribuait autrefois une vertu protectrice. Il semble même que l’on regarde comme nécessaire qu’une pièce de monnaie de l’année soit déposée sous les fondations. Lors de la pose de la première pierre du pont de Conflans-sur-Seine, en 1890, en présence de M. Yves Guyot, ministre des travaux publics, au moment où l’on allait sceller dans la maçonnerie la boite contenant le procès-verbal de l’opération, quelqu’un fit observer qu’on avait oublié d’y mettre la monnaie d’usage. Aucune des personnes présentes n’avait sur elle une pièce au millésime de l’année ; pourtant on ne passa pas outre, et sur les instances des maçons et de quelques assistants, on alla dans le voisinage chercher des pièces portant la date de 1890, qui furent placées dans la boite 3. Dans le Morbihan, les ouvriers pratiquaient autrefois un trou dans la première pierre et y posaient une pièce de monnaie frappée de l'année, puis tous, ainsi que le propriétaire, allaient donner un coup de marteau, ensuite l'un d’eux se mettait à genoux, récitait une petite prière pour demandera Dieu de protéger la nouvelle construction, puis, s'adressant à la pièce d’argent, il disait :
Quand cette maison tombera,
Dans la première pierre on te trouvera ;
Tu serviras à marquer Combien de temps elle a duré.
On pratique plusieurs autres actes qui attestent l'importance que l'on attache à la première pierre: les maçons du pays de Menton croient qu’il arrivera malheur à celui qui la pose, s’il n’a pas soin de faire une prière. Aux environs de Namur, le propriétaire l’asperge avec un buis bénit trempé dans l’eau bénite et qui est ensuite scellé dans le mur. Dans le Bocage normand, il doit prendre la truelle et le marteau