Paul Sébillot, l.c. p. 142; A. Ceresole, 1. c. p
l'embrouillemenI’ des crIns U3
Il eusl esté touché pour en oster l’ordure.
On a fait prou de fois un tel experiment A ce que m'a conté homme d’entendement Et digne d’estre creu à sa simple parolle.
Il est aussi fait allusion à ces soins dans une pièce représentée en 1696 : Voyez-vous ce lutin qui tient une étrille d’une main et un fouet de l'autre ? C’est un lutin qui ne s’attache qu’à étriller et à panser les chevaux qu’on néglige. Suivant une croyance du Finistère, quelquesuns de ces lutins sont d’anciens valets de ferme qui ayant négligé les chevaux qui leur étaient confiés, sont condamnés à venir les soigner après leur mort ; mais c’est une exception, et dans ce pays, ce sont ordinairement de véritables lutins qui viennent nettoyer l’écurie, et donner à manger aux chevaux. En Normandie, ils poussent la sollicitude jusqu’à les mener boire; dans la Beauce, en Franche-Comté, etc., ils les étrillent, les soignent, leur donnent à manger ; en Haute-Bretagne les chevaux se mettent à hennir au moment où le Mait’ Jean apporte leur nourriture. Le fouletot franc-comtois se faisait même voleur pour gratifier sa bête préférée du meilleur foin de la contrée si le maître n’en avait pas dans son fenil, et en Normandie le lutin volait les plus beaux épis d’avoine pour ses favoris1. Les bêtes à cornes sont l’objet des mêmes sollicitudes : les Sotrés des Vosges soignent le bétail, renouvellent la litière et donnent aux vaches un fourrage appétissant ; le follet de la Suisse romande dérobe aux autres des brins d’herbe fraîche pour les donner à sa vache favorite ; en Basse-Bretagne, Teuz-ar-pouliet, l’espiègle de la mare, soignait les bêtes et barattait même le lait 2.
Les visiteurs nocturnes de l’écurie y laissent fréquemment des traces de leur passage. La plus ordinaire est celle que l’on remarque sur la crinière des chevaux. Au XIIIe siècle de malins esprits, sous la forme de femmes vêtues de blanc, tressaient avec soin les crins des chevaux et l’on voyait au matin sur leur cou des gouttes de cire tombées des flambeaux qui les avaient éclairées pendant cette opération. Ces espèces de fées ne sont plus guère connues de la tradition contempo-
t. Les Honnestes Loisirs de messire François Le Poulchre, seigneur de la Roche Messemé. Paris, 1587, in-8°, p. 84 ; Les Bains de la porte Saint-Bernard , acte I, sc. 6 ; Recueil Gherardi, t. VI, p. 378 ; E. Rolland. Faune pop., t. IV, p. 199 ; F.’ Le Men, in Rev. Celtique , t. I, p. 423 ; F. Pluquet. Contes de Bayeux , p. 14 ; F. Chapiseau, 1. c. p. 248 ; D. Monnier et A. Vingtrinier. 7 rad. pop., p. 642 ; E. Cosquin. Contes de Lorraine, t. II, p. 264; dans une variante le Sotré maltraite les chevaux toute la nuit, et ils maigrissent à vue d’œil ; Paul Sébillot, 1. c., t. I, p. 141; D. Monnier et A. Vingtrinier, p. 641; Amélie Bosquet. La Normandie romanesque, p. 128.
2. L.-F. Sauvé. Le F.-L. des Hautes- Vosges, p. 233; D. Monnier et A. Vingtrinier, p. 653, cf. aussi p. 647 ; Chapiseau, 1. c. p. 249 (Beauce) ; Ceresole. Lég. des Alpes vaudoises, p, 32; F.-M. Luzel. Veillées bretonnes , p. 77 ; E. Souvestre. Le Foyer Breton, t. I, p. 203.
LËS MAMMIFÈRES D0MËST1QÜËS
raine : cependant vers 1830, on disait dans la Manche lorsqu’un cheval avait les crins mêlés ensemble, qu’il avait servi de monture aux fees qui aiment à courir la nuit sur les chevaux dont elles nouent la crinière pour se faire des étriers ; on attribuait le même acte aux fees quasi maritimes du Cotentin, dont la taille était si petite que es ressemblaient presque à des lutins 1 . Actuellement c’est à ces minuscu es génies masculins que l’on attribue presque toujours l’embrouillement des crins : ceux de la Haute-Bretagne s’en font des étriers pour chevaucher sur l’encolure des bêtes; en Berry on estimait beaucoup autrefois les « chevaux bouclés » qui avaient servi de monture au follet ; dans les Vosges, ceux dont le Sotré a tresse la crinière ou la queue valent généralement mieux que les autres, et Ion disait jadis en Normandie que les lutins désignaient ainsi leur favori .
Il arrive aussi, mais plus rarement, que cet acte, et d’autres accomplis dans l’écurie ne sont pas inspirés par la pure bienveillance : dans la Suisse romande le servant s’amuse parfois à tresser les crinières ou à attacher les chevaux deux à deux par la queue ; le Boudxc ou Bom noz breton prend plaisir à les tourmenter et à leur embrouiller les crins ; en Ille-et-Vilaine, le lutin emmêle la crinière des chevaux qui passent la nuit dehors, pendant que le garçon dort dans sa loge; dans la Creuse ce n’est plus au follet, mais au diable lui-même que cet acte est attribué 3. Les poils de l’âne en raison de leur nature s’embrouillent moins que ceux des chevaux ; aussi on dit que les follets ne les tressent pas; en Berry, on explique cette immunité en disant qu’ils n’osent les toucher à cause du rôle de cet animal au moment de la Nativité. La mule n’a pas ce privilège, et on dit dans la Montagne-Noire que le drac embrouille à plaisir le crin qui a été tressé par le garçon d écurie .
On accuse aussi les esprits delà nuit de voler les crins des chevaux; en Haute-Bretagne, le Mait’ Jean vient les arracher, et en Basse- Bretagne Mestr lann coupe parfois ceux de la queue J.
On emploie plusieurs moyens pour empêcher les nains facétieux de tresser les crins des bêtes ; dans la Suisse romande pour garantir le cheval de la visite du foulla , on suspend à sa crèche une pierre trouée
1 Grimm. Teutonic Mythology , t. I, p. 287, d’a. Guillaume d’Auvergne; E. Rolland. Faune pop., t. IV, p. 199, d’a. Fillastre. Sup. du canton de Bncquebec ; Jean Fleury. LUI. orale de la Basse-Normandie, p. 56-57.
2. Paul Sébillot. Trad. t. I, p. 142-148 ; George Sand. Légendes rustiques, p. 7o ; L.-F. Sauvé. Le F.-L. des Hautes- Vosges, p. 182; Amélie Bosquet. La Normandie
?°^fl^SLe Men/iï fici). Celtique, t. I, p. 422; Jacques Gaudeul, in Rev. des Trad. von t XVIII p. 445 ; E. Rolland, 1. c. p. 198-199.
4. Laisnel de la Salle. Croyances du Centre , t. I, p. 15 ; A. de Chesnel. Usages de
la Montagne Noire , p. 357.
5. Paul Sébillot, 1. c. p. 143. Troude. Dict. bre ton- français.