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LES LUTINS ET LES BÊTES A CORNES

naturellement, en Basse-Bretagne, on le préserve du boudic en plaçant le soir dans le râtelier le bâton de charrue. On dispose aussi des graines sur une planche équilibre ou dans un vase, que le lutin renverse et qu’il ne peut parvenir à ramasser complètement (cf., t. I, p. 141). Dans le Finistère on loge un bouc dans les écuries pour l’écarter; en Haute-Bretagne, si on brûle les crins avec un cierge bénit, le lutin ne revient jamais, mais les bêtes sont, par suite de son départ, exposées à dépérir1. Il est d’ailleurs imprudent de défaire son ouvrage ; en Berry cet acte a pour conséquence de faire les juments avorter ou crever, en Franche-Comté d’amener leur mort dans l’année ; dans la Gironde on défend de peigner les crinières des chevaux nouées pendant la nuit • ils dépérissent si on les coupe, alors qu’ils engraissent si on n’y louche pas ; en Haute-Bretagne, c’est à l’homme que le lutin s’en prend et il vient le fouler; dans le Lyonnais il le bat2 3. Dans le Finistère pour dénouer sans trop de danger ces crins embrouillés, on doit se servir d’une faux.

Les lutins exercent diverses malices dans la demeure des bêtes à cornes ; le drac du Cantal se plaît à attacher les bœufs par la queue ; le follet de la vallée d’Aosté fait la même espièglerie aux vaches, ou s’amuse, comme le servant de la Suisse romande, à en attacher deux au même licol. Le berger de ce pays qui, au matin, voit deux de ses bêtes prises ainsi doit, sans les perdre de vue, couper aussitôt leurs liens sous peine de les voir étrangler dans cette rude étreinte. Le Mait’ Jean de la Haute-Bretagne délie les vaches la nuit. Aux environs de Pithiviers, un fermier présente chaque année un pain bénit à la messe de minuit, persuadé que, s’il ne le faisait pas, le diable délierait toutes ses vaches, et les ferait sortir pêle-mêle dans la cour avec les moutons, si bien qu’ori ne pourrait les faire rentrer de toute la nuit*. Le lutin des Alpes se permet aussi de traire les vaches ; quand le Sotré des Vosges vient pour prendre leur lait, il commence par leur enlever les cornes, et s’il est surpris dans son travail, il ne les leur remet pas4.

Suivant une croyance qui n’a été relevée qu’en Vendée les farfadets

1. A. Daucourt, in Archives suisses des Trad. pop., t. VII, p. 184 ; F. Le Men, in Rev. Celtique, t. I, p. 422 ; A. de Ghesnel. Usages de la Montagne Noire, p. 356 * L. Rolland. Faune pop., I. IV, p. 199; Paul Sébillot. Notes sur les traditions , p. 4.

2. George Sand. Légendes rustiques , p. 76 ;D. Monnieret A. Vingtrinier. Traditions, p. 645. Il faut même se garder de dire en voyant les tresses des chevaux qu’on en ferait bien de pareilles ; F. Daleau. Trad. de la Gironde, p. 32 ; Paul Sébillot, Trad., t. I, p. 144 ; D. Monnier et A. Vingtrinier, l. c.Tp. 648.

3. Audigier. Coutumes de la Haute- Auvergne, p. 45 ; J.-J. Christillin. Dans la Wallonie, p. 268 ; A. Daucourt, in Archives suisses des Trad. pop., t. VII, p 184 • Comm. de Mme Lucie de V. H.; E. Rolland, t. V, p. 109.

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