‹ Le folk-lore de France (volume 3)Chapitre 137 sur 506 · REVENANTS SOUS FORME ANIMALE · texte numérisé non relu

REVENANTS SOUS FORME ANIMALE

qui avait fait serment de ne se marier que quand elle serait assez vieille pour ne plus craindre de devenir mère, mourut subitement à 1 âge de vingt-huit ans. La nuit qui suivit son enterrement, elle se montra enveloppée de son suaire, traversa la maison paternelle en essayant de s’y arrêter, mais reprit aussitôt sa course en voyant derrière elle sept cochonnets blancs qui la poursuivaient en geignant comme de petits enfants qui demandent à téter. La même scène se répéta pendant plusieurs nuits de suite. Ces septs petits cochons étaient les sept enfants que Berhette aurait eus si elle s’était mariée. Ils finissent par la dévorer, etils se transforment en sept beaux garçons qui vont au ciel. Dans une autre légende bretonne une vieille truie qui apparaît suivie de sept petits cochons noirs, est une mère infanticide. En Beauce, une dame avait été condamnée à revenir dans son jardin sous forme de chien, en punition de la faute quelle avait commise en enterrant avec cérémonie un petit chien qu’elle aimait beaucoup'. Les exorcistes de la Basse-Bretagne changent parfois en chiens les défunts qu’ils ont conj urés ; on a vu, 1. 1, p. 246 que plusieurs de ces animaux étaient conduits par leur ordre au Mont Saint-Michelde- Braspartz ; le recteur qui exorcisa la marquise de Trévaré qui revenait dans un château, la changea en un petit chien qu’il remit à son domestique en lui disant de le conduire dans un bois et de lui donner trois coups sans plus; lorqu’il l’a fait, la terre s’ouvre, elle chien, après avoir parlé, y est englouti1 2. Une princesse délivre un mouton attaché à une branché, qui poussait des bêlements plaintifs ; c’était une âme que ce lien empêchait d’aller en paradis 3.

Un fableau intitulé De la jument au Deable se rapporte à une croyance très répandue au moyen âge, à savoir que la prestresse (c’est ainsi qu’onappelait laconcubine duprêtre) était, après sa mort, changée en jument noire et chevauchée par le diable. Ce motif de métamorphose semble avoir été oublié plus tard, lorsque ce genre de concubinat devint moins fréquent. Il ne figure plus dans un conte recueilli en Morvand par un écrivain du XVIIIe siècle : Une petite fille rencontre un monsieur tout de rouge habillé et monté sur une jument noire comme de l’encre. Il en descend, et lui remet un fouet en lui disant de la frapper de toutes ses forces, et qu’elle ramassera un écu à chaque coup qu’elle la fera saigner. Quand le monsieur s’est éloigné, la jument prend la parole et dit à la fille qu’elle est sa marraine, damnée pour lui avoir donné le mauvais exemple, et qu’elle

1. F. Le Men, in Rev. Celt., t. I, p. 421 ; Calixte De Langle. Le Grillon du foyer , Paris, 1870, p. 144-172 ; A. Le Braz. La Légende de la Mort , t. II, p. 85 ; P. Vallerange. Le clergé , la bourgeoisie , p. 102-103.

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