‹ Le folk-lore de France (volume 3)Chapitre 169 sur 506 · INTERPRÉTATIONS DES CHANTS · texte numérisé non relu

INTERPRÉTATIONS DES CHANTS

panador ; la branche sur laquelle je suis perché est donc d’acier, puisqu'elle ne rompt pas. Én Forez, il sautille sur les branches mortes qu il essaie de briser, tout en poussant un cri de désappointement et de colère que l’on traduit ainsi : Bisqua! qu'oues fort! Bigre, que c’est solide! en Haute-Bretagne, il se place sur la grosse poutre d’un pressoir et dit :

Ne te casse pas !

Me port’ras tu ben ?

En Poitou, il raconte à un moineau qu’il vient d’un pays éloigné : Il y fait si froid, dit-il, qu on s y chauffe avec des bûches grosses comme ma cuisse *.

Ainsi qu’on la vu. de petites légendes rapportent que des oiseaux ont contribué, par l’interprétation de leurs cris, à résoudre des difficultés de métier. Actuellement encore, il en est qui, par leurs chants, indiquent aux travailleurs l’époque où la besogne doit être faite : un passage d’un poème célèbre montre que les paysans du moyen âge y faisaient attention :

J’ai oï les grues chanter Qui n:>s tesmoignent par raison Que de semer avons saison.

Peut-être traduisaient-ils leurs cris comme ceux du Poitou : Quand la giue passe pour la première fois, elle dit : « Sème ton blé, paresseux ! Quand i’ retourn’rai, i’ en mangerai mon saoul1 2!» En Rouergue le cujelier chante : Cubri, cubri , couvre, couvre (ton grain). Dans le Midi, l’ortolan préside aux travaux de la vigne ; aussi l’appelle-t-on poudiquet dans le Lauraguais, et bino-vit entre Montauban et Toulouse; plusieurs de ses cris indiquent la besogne aux vignerons : Cal ponda! Cal ponda l II faut tailler ! il faut tailler ! Bino , bino , bino, vit ! Bine, bine, bine la vigne ! en Poitou, il dit aussi : Bines, bines-tu ! En Savoie son chant se traduit par : Pouvre, pouvre, pouvre fossori ! ou: Fauche, fauche, faucheri, d où ses noms de fossori et faûchié. Les paysans arden-

1. Troude. Diction, breton-français ; Antonin Perbosc, in La Tradition , 1904, p. 275, d a. Gras. Evangiles des Quenouilles foréziennes ; Léo Desaivre. Croyances, p. 27, cf. Léon Pineau. Le F.-L. du Poitou , p. 517.

Le nombre de ces présomptueuses formuletles est considérable : rien qu’en Haute-Bretagne, on en a recueilli onze. (Paul Sébillot. Trad., t. Il, p. 212-213); quelquefois elles s’appliquent aussi à l’hirondelle (p. 183). Les noms de Pet de bou (pas de bœuf), en Savoie et en Dauphiné, de Pey de boux (poil de bœuf), en Savoie de Pa de sri (pet de souris), au pays messin, cargoulet (escargot), dans les Pyrénées orientales et en Languedoc; Fabarèlo, Nozeta, Tarn, Nouzilio, noisette, Languedoc, indiquent qu’il est très petit. (E. Rolland. Faune pop., t. II, p. 291-292).

Une raillerie qui se rattache au même ordre d’idées avait suggéré les redevances féodales où il figurait ; c’est ainsi qu’on en conduisait un au seigneur de la Mardelle, en Berry, attaché avec des forts cordages neufs sur une voiture attelée de quatre bœufs noirs. (Laisnel de la Salle. Croyances du Centre, t. II, p. 249).

2. Roman de Renart , br. IX, v. 70 et suiv. ; Léon Pineau. Le F.-l. du Poitou ,

LES OISEAUX SAUVAGES

nais croient que la huppe les encourage, en disant auprès d’eux : Boute ! Boute ! c’est-à-dire : Pousse ! pousse 1 !

Parfois les oiseaux donnent aux hommes des conseils d’économie, voire même de conduite ou de morale. En Wallonie la caille, dont un des noms est Paie-tes-dettes ! répète au débiteur :

Kwit' po kwit !

Pây te d'et’.

En Poitou, la femelle dit : Paie qui doit ! Paie qui doit ! ; le mâle répond: Paie qui peut ! Paie qui peut ! ; en Wallonie on interprète de la même manière le chant de la mésange charbonnière :

Si si deu (bis)

Pây te d'et'

Si tu deu 2.

Dans le Midi l’alouette dit : Que te fa fa-li ; fais-lui ce qu’il te fait 3. Le corbeau qui est carnassier, exprime cyniquement sa voracité ; plusieurs formulettes méridionales se rapprochent de celle-ci usitée en Auvergne : Couac ! couac ! couac ! Vole de la car ! vole de la car ! Couac ! couac ! je veux de la chair ; aux environs de Rennes, il répète : Cadavre 4 ! cadavre !

En Languedoc voici sa formulette :

Courbatus,

Niblatas,

Ounte vas?

— Dins aquel carnas.

Vilain corbeau des murs, où vas-tu? — Dans ce charnier.

Dans le pays de Tréguier, deux corbeaux, l’un dans l’arbre, l’autre qui mange de la charogne à terre, dialoguent ainsi :

— Perâ, perâ, perâ ?

— Breîn, brein, brein,

— Goag he ! goag he ! goag he !

— Goag, goag, goag.

— Quoi, quoi — (Corps) pourri (bis) — Est-il mou? (ter) — Mou, mou, mou 5.

En Haute-Bretagne, les geais imitent tous les cris des animaux ; ils aboient comme les chiens, bêlent comme les moutons, miaulent comme

1. E. Rolland. Faune pop., t. II, p. 219; Antonin Perbosc, in La Tradition, 1904, p. 234-235 ; B. Souché. Proverbes, p. 12; E. Rolland, 1. c., t. II, p. 204 ; Alfred Harou, in Rev. des Trad. pop., t. XVIII, p. 398.

2. E. Monseur. LeF.-L. wallon , p. 10; Laisnel de la Salle. Croy. du Centre, t. 1, p. 222 ; Paul Sébillot. Trad., t. Il, p. 15; E. Rolland, t. II, p. 342; Léon Pineau. Le F.-L. du Poitou , p. 518 ; E. Monseur, I. c. p. 15.

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