‹ Le folk-lore de France (volume 3)Chapitre 184 sur 506 · LES CHANTS ET LA SANTÉ · texte numérisé non relu

LES CHANTS ET LA SANTÉ

1 harmonie serait bientôt troublée dans son ménage*. Dans la Nièvre si un coq répond au coucou, c’est que dans la maison la femme trompe le mari ou qu’une fille y est enceinte. On prétend dans la Lozère que si on chante coucou a cet oiseau, il répond cocu, et réciproquement1 2.

En Poitou, lorqu on entend chanter la grolle pendant qu’on fait un marché, il sera mauvais3.

Suivant une croyance très répandue, le chant de certains oiseaux influe sur la santé, la chance ou la richesse de celui qui l’entend pour la première fois, ou lui prédit tout au moins ce qui lui arrivera * des circonstances accessoires font qu’il est tantôt funeste, tantôt favorable. Le coucou est le plus connu de ces prophètes ailés ; mais d’autres oiseaux, qui d ordinaire sont aussi passagers, ont également ce privilège. L influence fâcheuse s exerce presque toujours sur les personnes à jeun . aussi vers 1839, les villageoises de la Charente-Inférieure ne laissaient pas sortir leurs maris avant de leur avoir fait « tuer le ver » ; en Haute-Bretagne, en Lorraine, ceux qui n’ont pas pris cette précaution et qui entendent le coucou sont exposés à ne pouvoir, de toute l’année, satisfaire leur appétit ; en Poitou, dans le Nivernais, dans l’Yonne, ils seront mous et sans courage ; dans le Loir-et-Cher, dans 1 Albret, ils auront la fièvre ; en Limousin, ils seront mangés par les puces. En Limousin celui qui, étant au lit, entend cet oiseau sera fainéant toute 1 année ; en Haute-Bretagne s’il est à faire ses besoins, il aura pendant la même période Un dérangement de corps4. D’autres oiseaux, entendus pour la première fois à jeun, annoncent aussi des disgrâces. Dans la Charente-Inférieure la tourterelle fait dormir ; dans les Deux-Sèvres, la Vienne et en Saintonge, le moissonneur qui entend la caille, en Poitou celui qui entend le rossignol se coupera les doigts ; s il entend une huppe, il ne peut s’empêcher de se donner en marchant des coups de pied dans les chevilles ; la tourterelle, dite tourtoule, fait tordre la goule, le rossignol amène le torticolis ; en Saintonge la huppe, dans les Deux-Sèvres le rossignol, dans la Vienne le loriot

1. F. Daleau. Trad. de la Gironde , p. 32 ; Léon Pineau. Le F.-L. du Poitou, p 526 ; E. Rolland. Faune pop., t. II, p. 179 ; Alex. Bouet. Breiz-Izel, t. 1, p. 94.

2. Ach. Millien, in Rev. des Trad. pop., t. III, p. 344; E. Rolland, p. 91. Dans Le Mercure galant, 1683, act. III, sc. 4, Boursault fait aussi allusion à ce chant;

Un misérable oiseau pourra me rendre fou A force de crier: Coucou! coucou! coucou!

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