‹ Le folk-lore de France (volume 3)Chapitre 25 sur 506 · NOMS INTERDITS · texte numérisé non relu

NOMS INTERDITS

comme étant appelées. C’est ainsi qu’au lieu de dire Blets (loup) on dit en la place Ki-nos , chien de nuit, qui n'est pas plus applicable à lui qu'aux chiens de garde ; Louss, vilain, sale, devenu en Cornouaille un substantif signifiant un blaireau, n est que l’épithète de ce carnassier : il en est de même de Buhan, la vive, Propic , qui veut peut-être dire proprette, Caezrell , équivalent de Belette, qui ont aussi pour but de ne pas donner son vrai nom à ce petit animal Le petit nombre d’exemples Recueillis de nos jours, semble montrer que cette croyance est en voie d’effacement. Dans le Gard, pendant la saison des vers-à-soie, au lieu d’appeler les rats tous rats , on ne doit les désigner que sous cette dénomination : aquelos bestios, ces bêtes1 2. Les sobriquets déjà cités sont probablement aussi en relation avec cette idée . Les pêcheurs, surtout ceux des pays celtiques, croientqu’il suffit, pour leurporter malheur, de parler de certains animaux, et que le fait seul de prononcer leur nom empêche le poisson de mordre; dans la baie de Saint-Malo, l’interdiction pèse sur le lièvre et le lapin; à Audierne on y ajoute le renard et le loup. Ce dernier était si redouté que les vieux marins levaient l’ancre dès que ce mot avait été dit et revenaient à terre; aujourd’hui le patron prend dans le bateau le premier poisson qui se trouve sous sa main, et le jette à l’eau en disant pour conjurer la mauvaise chance. « Tiens, Ki-coat » (chien des bois = loup) voilà ta part». Les pêcheurs d’Yport évitent de parler de lapin avant d aller à la pêche, et, ils ne mangent pas de cet animal, persuadés que sa chair leur donnerait la guigne. 3

Il est aussi des termes qui font allusion à une sorte de parenté ou de familiarité entre les bêtes et les hommes : aux environs de Dinan, on appelle le renard, mon cousin 4,et Compère le Renard est d’un usage à peu près général .

Le loup a été 1 épouvantail du moyen âge ; les historiens racontent souvent ses apparitions, meme dans les villes, et Eustache Deschamps nel oubliait pas dans la nomenclature des fléaux qui affligeaient la France du XVe siècle :

Si fault de faim périr les innocens

Dont les grans loups font chacun jour ventrée.

C est à ce titre qu’il est, à cette époque et plus tard, l’objet de formules de malédictions qui rivalisent avec celles qu’on adresse au diable :

Hury, ho ! le dyable y ait part,

Et da, hay, que de malle hart Ou des loups sois-tu estranglée.

1. Dora Le Pelletier. Dictionnaire de la langue bretonne. Paris, 1732.

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