ERREURS PHYSIQUES
Les insectes sont l’objet d’un grand nombre de croyances et de préjugés; mais il en est peu qui s’attachent à leur génération ou à leurs particularités physiques. D’après un vieil auteur, leS cicades et grillons naissaient du crachat et escume de l’oyseau appelé copu ou coucou. Bien des paysans de la Haute-Bretagne n’admettent pas que le papillonprovienne d’une chenille par l’intermédiaire d’une chrysalide. On prétend aux environs de Liège, que le scorpion (lézard ou salamandre) se transforme en libellule ; les enfants du Bocage normand croient que les gyrins et les hydromètes donnent naissance au poisson, aussi les appellent-ils grands’mères et mères à poissons. En plusieurs pays le bourdon passe pour le mâle de l’abeille ; le Dictionnaire de Trévoux disait encore qu’il y a apparence que les bourdons sont les mâles des abeilles, comme le roi en est la femelle. En Hainaut, le hanneton de solstice est regardé comme le jeune du hanneton ordinaire. On dit dans les Deux-Sèvres que dès que ses petits sont nés la puce les emporte sous son ventre L
On croit à Mons que le perce-oreille, coupé en deux, peut se ressouder. La liqueur brûlante qu'émet la fourmi rouge passe pour être son urine ; à Lyon le peuple attribue à la libellule la faculté de lancer une matière liquide dans les yeux de ceux qui la poursuivent2.
Ainsi qu’on le verra les grillons et les abeilles chantent ; en Haute- Bretagne les araignées fredonnent une chanson en filant leur toile, et une autre en tuant les mouches qu’elles ont attrapées. On attribue aussi une sorte de langage à quelques espèces ; quand le temps change les araignées répètent’: Tac, tac, comme un balancier d’horloge. En Lauraguais, lorsque la cigale commence à se faire entendre, on dit qu’elle annonce la moisson en disant : Sêgo , sègo ! (Scie !) 3 4 C’est une des rares interprétations du langage des insectes, alors qu’il y en a tant de celui des oiseaux ; le rôle d’instructeurs de métiers, accordé à quelques volatiles, est attribué en Ille-et-Vilaine, aux gyrins qui portent dans ce pays le nom de couturiers, et l’on prétend qu’ils ont appris à coudre aux tailleurs i.
Il est peu de préjugés sur les relations des insectes entre eux ; cependant on dit au pays de Liège, que la jardinière (Carabe doré) aune grande inimitié pour la courtilière ; en Haute-Bretagne, si l’on
1. Jean de Luba. Ortus sani/alis, cité par Rolland. Faune pop., t. Il, p. 98 ; Paul Sébillot. Tract, t. II, p. 286; A. Harou. in Rev. des Tract, t. XYI, p. 111; J. Lecœur. Esq . du Bocage normand , t. I, p, 271 ; A. Harou, 1. c. t. XVIII, p. 398 ; Paul Sébillot, 1. c. p. 284; B. Souché. Proverbes , p. 20.
2. J. Defrécheux. Voc. de ta Faune wallonne , p. 181 ; E. Rolland, t. III, p. 283.
3. Paul Sébillot. Traditions , t. II, p. 283 ;E* Rolland. Faune pop., t. III, p. 295*