Paul Sébillot, I. c. p
LES INSECTES
met deux grillons sous le même chapeau, ils se battent et il ne reste pins que les pattes1. On ne parle guère, si ce n’est dans les contes, d’amitiés ou d’inimitiés entre les insectes et d’autres animaux ; le petit récit de la Haute-Bretagne qui raconte que deux grillons ont creusé leur petit trou au bord de la mer près de celui d’un crapaud, avec lequel ils vivent familièrement, ne semble pas fondé sur une croyance actuelle2. D’après un récit du moyen âge, des insectes se livraient bataille, comme les chats et les oiseaux le faisaient en certaines circonstances : tous les ans des scarabées de grosses espèces et pourvus de cornes se rassemblaient à la Saint-Jean dans un certain endroit du royaume d’Arles où il y avait deux tours ; ils se battaient avec frénésie pendant huit jours auprès de l’une d’elles, et le sol disparaissait sous leurs cadavres 3.
Les paysans redoutent, parfois à tort, la morsure, la piqûre et même le contact de certains insectes, et ils exagèrent la puissance de ceux qui sont vraiment à craindre. On dit en Haute-Bretagne que le frèlon, en mordant, emporte le morceau ; ses mandibules sont aussi malfaisantes que son dard, sept frêlons tuent un cheval, et il n’en faut que trois pour mettre un homme à mort. Suivant une croyance très répandue, l'araignée est venimeuse, et un poète du XVe siècle y fait allusion :
C’est par péchié .
Qui nous enfle plus que venin l’yraigne.
On croit en Haute-Bretagne que le panaris est produit par un de ces insectes qui s’est introduit dans le doigt ; en Wallonie une petite araignée rouge peut tuer le bœuf qui l’a avalée4.
La libellule est, en divers pays, un sujet de crainte; plusieurs de ses noms l’assimilent à un reptile: en Basse-Normandie, on appelle mouron (salamandre) celle de la grosse espèce et sa morsure est tout aussi dangereuse que celle de la salamandre ; en Basse-Bretagne, on nomme la demoiselle Nadoz aer, aiguille-serpent, dans les Côtes-du-Nord, aiguille du diable, en Wallonie scorpion. En Haute-Bretagne les lavandières qui ont peur de sa piqûre, récitent une conjuration pour éloigner cet « agent du diable » ; en Wallonie, où on l’appelle mariai- diale , marteau du diable, il faut pour éviter la mort, faire l’ablation de la partie qu’elle a atteinte ; au pays de Liège on prétend que ses ailes sont tranchantes comme un couteau; de là son nom de Kouté. En Ille-et-Vilaine, lamorsure de la courtilière passe pour être presque toujours mortelle, et le
1. A. Harou, in Rev. des Trad. pop ., t. XVIII, p. 399 ; Paul Sébillot, 1. c. p. 294.