INSECTES MALFAISANTS
staphylinx, appelé pique de v'lin (dard de serpent) et qualifié d’infernal dansuneformulette des Côtes-du-Nord, fait crever les vaches qu’il pique1.
Le contact de quelques insectes suffît pour provoquer de graves inconvénients: en Wallonie, celui qui est frappé au front par une libellule est certain de mourir; dans les Côtes-du-Nord, certaines araignées de grosse espèce peuvent donner un cancer en passant sur la figure d'une personne. Au moyen âge l’araignée rendait l’herbe malfaisante : La maladie que l’on dit l’irengnier est engendrée aux brebis au moys de septembre quand elles mengent l’herbe que l’on appelle muguet saulvage, sur laquelle herbe descend yraignes et vermines que moult les empire. On disait au XVIIe siècle :
. Ces prélats imitent fort l’Araigne
Qui les plus douces fleurs qui sont à la campaigne Convertit en venin 2.
On attribue à un coléoptère et à sa larve une malfaisance particulière; ainsi qu'on l'a vu p. 137, les hannetons et les vers blancs font enrager les chiens; en Wallonie, si on donnait des hannetons à manger aux poules on trouverait de ces insectes dans leurs œufs3.
La croyance suivant laquelle des insectes s'introduisent dans l’oreille est ancienne :
Néis puces et orillies S’eles s’ierent entortillies E i dormant dedans 'or oreilles Les gréveroient à merveilles.
En Poitou, en Beauce, en Haute-Bretagne, etc., on dit que si le perce-oreille pénétrait dans la tête d’une personne, il la ferait mourir en mangeant sa cervelle pour sortir de l’autre côté ; dans la Côte-d’Or, il occasionne d'affreuses migraines; il ne fait que crier, suivant une sorte de petit conte : une sorcière enlève deux petits, mais ne peut avoir la mère qui est cependant sur le point de crever et qui chante tristement. En Wallonie, où le scolopendre ou mille pieds est appelé Trawe orèie, on l’accuse aussi de s'introduire dans les oreilles. Une croyance analogue semble s’être attachée à un insecte plus familier ; une des nouvelles attribuée à Des Periers a pour titre : Du chevalier qui fit sortir les grillons de la tête de sa femme par saignée, et Nodier ajoute en note, les fantaisies d’amour4.
1. J. Lecœur. Esquisses du Bocage normand , t. I, p. 271 ; E. Rolland. Faune pop., t. III, p. 284 ; Paul Sébillot, p. 290 ; Alfred Harou, in Rev. des Trad. pop., t. XVIII,’ p. 401, t. XVII, p. 402 ; Paul Sébillot. Noies sur les traditions, p. 17 ; Trad., t. II, p. 305.
2. J. Defrecheux. Voc. de la Faune wallonne , p. 146 ; Paul Sébillot, I. c. p. 283 • Jean de Brie. Le bon Berger, ch. XXXII; Gourval-Sonnet. Satyre I. Les Simoniaques!