Ch. Drapier, in Rev. des Trad. pop., t. XX, p
LES INSECTES
Suivant des croyances fort répandues, l’âme peut se présenter sous l’apparence d’un insecte, presque toujours ailé; celui-ci sort même de la personne vivante, pendant qu elle dort. C’est ainsi que dans le Mentonnais, le double de la masca ou sorcière endormie s'envole parfois de sa bouche sous l'aspect d’un papillon noir ou d’un taon, pour exécuter des maléfices ; si on change le corps de place pendant son absence, la sorcière meurt1.
Cette donnée est beaucoup plus rare que celle où l’âme s’échappe de la bouche du mourant sous la forme d’une mouche ou d’un papillon : Dans un récit de Basse-Bretagne, une grosse mouche vient voltiger et bourdonner autour de la tête d’un homme qui avait tué un de ses voisins ; elle ne le quitte plus, et il se dit que c’est sans doute l’âme de sa victime ; le prêtre auquel il va se confesser, lui conseille de l’interroger et elle lui répond2. Plusieurs récits de Haute-Bretagne parlent de papillons que 1 on voit sortir de la bouche d’un agonisant ; dans le plus complet, le papillon est tout gris ; il se pose sur la poitrine du défunt, puis, après 1 ensevelissement, sur le bout du cercueil ; quand celui-ci a été mis en terre, le papillon s’envole et un pauvre qui a assisté à la cérémonie, le suit jusqu’à la lande, où il est condamné à rester pendant un temps pour expier ses fautes3. On raconte en Basse-Bretagne qu’un homme, veillant un de ses voisins à l'agonie vit s’envoler de sa bouche un moucheron qui, après avoir disparu, revint, se laissa enfermer dans la bière avec le mort, et s’échappa du cercueil aux premières mottes de terre qui tombaient dessus, pour se rendre à une lande où il dit à son ami, qu’il doit y accomplir sa pénitence4. Un conte lorrain semble supposer que l’âme peut avoir une résidence souterraine sous forme d’insecte : un homme menacé de la vengeance d’une tète de mort qu’il avait insultée, va, sur le conseil d'un prêtre, frapper du pied sur la tombe de son filleul pour demander son aide ; l'âme de celui-ci en sort sous l’apparence d’un papillon blanc, qui délivre son parrain de tout danger5. Un récit facétieux des Côtes-du-Nord prétend que lorsqu’un pêcheur de Saint-Jacut meurt, son âme quitte la maison sous la forme d’un joli papillon blanc, au lieu que, lors du décès d'une femme de ce village, c’est une mouche noire qui sort de ses lèvres, et l’on assure qu’autrefois tous ceux qui assistaient à un décès pouvaient être témoins de ce fait6.
Dans le sud du Finistère on voit souvent une petite mouche, pas du