‹ Le folk-lore de France (volume 3)Chapitre 308 sur 506 · Paul Sébillot, in Rev. des Trad. pop., t. XV, p · texte numérisé non relu

Paul Sébillot, in Rev. des Trad. pop., t. XV, p

l’ame et le papillon

tout semblable à celles de nos climats, sortir des lèvres en Couvertes du cadavre et venir se poser sur le bord du vase qui contient le miel destiné aux gens de la veillée ; les gens croient que c’est l’âme du mort qui fait provision de nourriture avant de se mettre en route. Une femme des environs de Blois ayant remarqué, le jour de l'enterrement de sa mère, une mouche qui se posait avec insistance sur sa tête, sur ses mains et sur ses vêtements, pensa que c’était lame de la défunte qui venait la consoler ’.

Les paysans des environs de Dinan regardent le papillon tête de mort comme une âme du Purgatoire dont la délivrance est proche ; aussi, quand ils en voient un, ils font un grand signe de croix. On appelle « anges » dans le pays de Bayeux les papillons de nuit du genre pyrale ; peut-être a-t-on cru qu’ils représentaient véritablement ces esprits célestes, comme les papillons blancs que l’on vit voltiger autour de la chambre de saint Vincent Fcrrier la matinée qui précéda sa mort ; ils s’envolèrent quand il mourut, et l’on crut que c’était un escadron d’anges qui, sous cette forme, attendait son âme pour la conduire au ciel. En Auvergne certains croient que le ver-luisant est l’âme d’un enfant mort sans baptême2.

On a recueilli dans le centre de la France deux contes dans lesquels des divinités chrétiennes empruntent la forme du plus gracieux des insectes ailés pour tirer des griffes du diable des jeunes filles innocentes qu’il a trouvé moyen d’attirer à son château et qu’il veut tuer ; comme dans la Barbe-Bleue, elles cherchent à gagner du temps et pendant que l’une se déshabille lentement, sa sœur se met à la fenêtre pour voir si quelqu’un ne vient pas à leur secours ; elle aperçoit tout au loin dans le ciel bleu un petit papillon blanc qui s’approche, et qui reprend la forme humaine en entrant dans le château ; dans la version nivernaise, c’est le bon Dieu lui-même, dans celle du Berry, la sainte Vierge, marraine d’une des deux jeunes filles 3.

D’autres insectes, quinesontpas des incarnations divines ou humaines, jouent un rôle secourable. C’est la plupart du temps une fourmi ; cette mère du grand labeur, comme l’appellent les paysans bretons, est reconnaissante des services qu’on lui a rendus. Pourtant cette circonstance ne figure pas dans le conte du XVIe siècle, où des fourmis s’empressent d’aider Pernette, surnommée Peau d’âne, qui devait, avant de se marier, trier, un à un, un boisseau de grains d’orge. Il est

1. A. Le Braz, 1. c. t. I, p. 230 ; A. Van Gennep, in Rev. des Trad. pop., t. XIX, p. 32-33.

2. Lucie de V.-H., in Rev. des Trad. pop., t. XII, p. 511 ; Fr. Pluquet. Contes de Bayeux, p. 50; Albert Le Grand. Vies des saints de Bretagne, St Vincent, § 15 ; Audigier. Coutumes de la Haute-Auvergne , p. 43.

3. Achille Millien, in Reo. des Trad. pop., t. 111, p. 437-438 ; Henry Carnoy. Contes français, p. 161-162.

LES INSECTES

probable qu elle se trouvait, comme dans les contes recueillis de nos jours, dans une version antérieure à celle de Des Periers ; cependant la reine des fourmis d’un récit breton vient aussi au secours d’un pâtre qui ne lui a rien donné 1 . Souvent le chercheur d'aventures a fait un passage équitable entre divers animaux et une fourmi ; celle-ci lui remet une de ses pattes ou un morceau de peau qui lui servira à se changer en fourmi, ou lui accorde cette faculté sans qu’il soitbesoin de talisman ; dans un conte de Basse-Bretagne l'insecte secourable est un bourdon. D autres fois le héros a apporté de la nourriture à des fourmis affamées ; et elles lui donnent aussi une patte qui servira à les avertir qu il a besoin d’elles, ou lui disent simplement qu'il su (Tira de demander le roi des fourmis 2.

Un aventurier gascon, qui a entrepris de faire rire la fille du roi, entend un grillon, puis une puce, qui par simple obligeance lui proposent de les emporter, en lui disant qu'ils pourront, ce qui arrive en effet, contribuer au succès de sa tentative. Dans un conte du Luxembourg belge, un garçon achète successivement à une sorcière trois boîtes contenant un grillon qui joue de la musique, un hanneton et une araignée tous les trois lui sont fort utiles pour les tâches difficiles qu’il a â accomplir3 4.

On a recueilli dans le sud de la France plusieurs versions du conte où un petit insecte acquiert une telle dimension que sa dépouille sert d enveloppe à une caisse : Une punaise était devenue si grosse que la tille du roi, quand elle creva, fit tanner sa peau pour en recouvrir un coffre, et le roi lit annoncer qu’il donnerait sa fille en mariage â celui qui devinerait â quelle bête appartenait cette peau ; dans le pays basque, c est celle d un pou, dans le Mentonnais celle d une puce 1 .

Les insectes qui, donnéspar un génie, accomplissent en peu de temps une besogne, figurent dans plusieurs récits du Sud-Ouest; deux contes basques parlent de dix mouches enfermées dans un étui, qui en sortent quand on 1 ouvre et font tout l’ouvrage; ce n'est que par ruse que la fermière qui, après s en être servie en a peur, parvient à s'en débarras-

1. L.-F. Sauvé, in Rev. Celtique, t. Y, p. 175; Bonaventure des Periers. Contes éd. Nodier, p. 370-371 ; F.-M. Luzel. Contes de Basse-Bretagne , t. If, p. 274.

2. E. Cosquin. Contes de Lorraine , t. I, p. 166 ; Paul Sébillot. Contes, t. 1, p. 62 ; Henry Carnoy. Contes français, p. 276 (Picardie); E. Cosquin, t. II, p. 129; J.-E. Cerquand. Légendes du pays basque , t. IV, p. 64-65; Julien Vinson. Le F.-L. basque ,

р. 84-85. F.-M. Luzel. 1. c. t. II, p. 394 ; E. Cosquiu, t. I, p. 37-38 ; F.-M, Luzel, 1.

с. t. I, p. 76-77, 281-2S2, 439-440, t. Il, p. 397 ; J. -B. Andrews. Contes ligures, p.

3. Cénac-Moncaut. Litt. pop. de la Gascogne, p. 204-205 ; J. -F. Blad é. Contes de Gascogne , t. III, p. 25 ; Paul Marchot, in Rev. des Trad. pop., t. VII, p. 693-694.

4. Cénac-Moncaut. Littérature pop. de la Gascogne, p. 185-.J.F-. Bladé. Contes de Uascogne,t. III, p. 36 ; J. Vinson. Le F.-L. basque, p. 70 ; J.-B. Andrews. Contes ligures, p. 17. On raconte en Poitou qu’un pou mis dans un pot à graisse devint si gros que de sa peau on fit uu gant. (B. Souché. Proverbes , p.20).

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