CONTES ET FACÉTIES
ser ; un tisserand gascon très paresseux possède aussi treize mouches merveilleuses cachées dans une noix ; sa femme, après les avoir employées, finit aussi par les faire s'en aller. Un petit insecte sort du robinet d’un manche de faux, et demande ce qu’il faut faire : Fauche ! lui répond-on et aussitôt le pré se trouve fauché. Des mouches ramassent la récolte d’un paysans un jour que l'orage était menaçant 1 .
Plusieurs récits du midi racontent que le loup ayant marché sur le nid du grillon ou l’ayant démoli, celui-ci le provoque, ainsi que les divers animaux malfaisants, à une bataille ; les insectes, frôlons, mouches, etc. piquent les quadrupèdes, les mettent en fuite ou les tuent2.
De récit facétieux dans lequel un devin, dont le nom se rapproche de celui du grillon, doit dire le nom d’un insecte caché et y arrive par hasard, est très répandu en France 3 4.
Un passage d’un auteur du XVIe siècle montre qu’une facétie encore usitée de nos jours était bien connue de son temps. Quand Maistre Pierre Faifeu vint en Bretagne, et qu’il se trouva à bout de ressources :
U s'employa vendre la pouldre aulx puces.
]{ avoit fait force petitz cornetz,
Où n’y avoit que du seys de bois Bien fort pouldré. Adonc à ses abboys Chascun accourt, lors en ûst bonne vente,
Car pour tout vray publicqueraent se vante Que les puces toutes fera mourir...
L’un des presens... va...
Luy demander la maniéré et la sorte Qu'ii faut user de la pouldre qu'il porte.
Il luy respond sans faire long quacquet,
Que mettre fault les puces en pacquet,
Et les prendre chacune seulle à seulle,
Et leur pousser la pouldre en lagueulle*.
Dans le midi on raconte le pèlerinage de la pauvre petite fourmi qui s’en allait à Jérusalem en compagnie du bœuf et de la cigale : lorsque ses compagnons sont restés en chemin, la gelée casse la patte à la fourmi, qui lui dit qu'elle est bien forte puisqu’elle lui a cassé la patte ; elle répond que le soleil est bien plus fort, successivement le
1. J. -F. Cerquand. Légendes du pays basque , t. 11, p. 61-62 ; Julien Vinson. l,e Folklore basque , p. 61-62 ; abbé L. Dardy. Anthologie de l'Albret, t. II, p. 227 : J. -F. Bladé. Contes de Gascogne , t. III, p. 355-359 ; J. -F. Cerquand. I. c. t. III, p. 55.
2. Johannès Planladis, in La Tradition , 1890, p, 70 ; Antonio Perbosc, ibid, 1904, p. 79; Dardy. Anthologie de l'Albret, , t. Il, p. 13-15.
3. D'Ouville. Contes aux heures perdues , t. I, p. 300 etsuiv.; E. Cosquin, t. 1 1 ^ p. 188; Ed. Edmont, in hev. des Trad. pop., t. XX, p. 204 ; A. Meyrac. Trad. des Ardennes, p, 431 ; Aug. Gittée et J. Lemoine. Contes wallons, p. 53 ; Mignard. Gloss, de l'idiome bourguignon ; Cunisset-Carnot. Vocables Dijonnais, p. 119 ; E. Rolland, t. III, p. 291 , Hugues Lapaire. Le patois berrichon. Moulins, p.70. La locution enfantine ; T’es pris, grelet y fait allusion.
4. Ch. de Bourdigné. La légende de Maistre Pierre Faifeu. Paris, 1723, p. 49,
LES INSECTES
nuage, le vent, la mer, la terre disent que quelqu’un est plus fort qu'eux, et ils remontent jusqu’à Dieu1.