G. Le Calvez, in Rev. des Trad. pop., t. I, p
2. E. Rolland. Faune populaire, t. III, p. 130, 104 ; B. Souche. Proverbes, p 18 ■ Léo Desaivre. Croyances, p. 30; E. Rolland, p. 147; J. Lecœur. Esquisses du Bocage normand, t. t. p. 271.
3. E. Rolland, 1. c., p. 104; Paul Sébillot. Trad., t. U, p. 274.
LES POISSONS
Ma commère la carpe y faisoit mille tours * Avec le brochet son compère1.
Un médecin-poète normand du XVIIe siècle note quelques autres
amitiés ; c’est ainsi qu’un poisson (la perche), méchant avec tous les
autres . , , , .
. . . . ne pardonne qu au brochet
Dont on le croit l’amy parfait.
Le limon de la tanche le guérissait
De la blessure qu’on luy fait,
D’où vient l’amitié, ce me semble,
Que ces deux poissons ont ensemble.
Le brochet, qu’on appelait loup de rivière, est pourtant bien connu pour sa voracité, et le proverbe de la Côte-d’Or : Gortnan quèman un brochet qui mige ses petiots , semble l’accuser de dévorer sa progéniture2.
Les pêcheurs poitevins, qui ont remarqué combien l’anguille est difficile à assommer, disent que chez elle le siège de la vie n’est pas dans la tête, car pour la tuer il faut lui frapper la queue sur un corps dur. C’est la croyance rapportée par Pline (1. XXX, ch. 3) et à laquelle faisait allusion un écrivain ascétique du XVIe siècle : La murene a la vie non en la teste, mais en la queue3. On prétend en Ille-et-Vilaine que si la carpe, étant dans l’eau, frappait avec sa queue la main d’un homme, elle pourrait le paralyser. Dans ce paysl anguille est regardée comme venimeuse ; on dit au contraire dans les Côtes-du-Nord qu elle est la mère des fontaines4.
La lamproie a, dit-on en Poitou, autant de trous (branchies) qu elle a d'années. En Wallonie, comme en plusieurs pays de France, on s’imagine retrouver, en démontant pièce à pièce la tête d’un brochet, tous les instruments de la Passion5. Au seizième siècle, on croyait que plusieurs poissons digéraient les métaux précieux. Pierre Belon, après avoir parlé dans son livre des Singularitez de la nature d’exemples de divers pays d’Europe, ajoute que: grande partie des habitants du Lyonnois pensent que les poissons nommés humbles et emblons ne mangent d’autre viande que de l’or. Il n’y a paysan au contour du lac du Bourget qui ne voulût maintenir que les lavarets ne s’appastent que du fin or. Ceux aussi du lac de Paladron en Savoie pensent que l’emblon et aussi l’ombre ne vivent d’autre chose5.
1. Paul Sébillot. Tract., t. II, p. 275 ; Lafontaine. Fables , 1. VII, f. 4.
2. D. F. C. (Dufour de la Crespelière). Commentaire en vers français sur lecole de Saler ne. Paris, 1671, p. 200, 202 ; E. Rolland, 1. c., p. 136.
3. B. Souché. Proverbes , p. 18; Six livres de similitudes. Paris, lo77, p. 78.