‹ Le folk-lore de France (volume 3)Chapitre 341 sur 506 · Mm® Jules Lambert, ibid., t. XI, p · texte numérisé non relu

Mm® Jules Lambert, ibid., t. XI, p

LES ARBRES

ne connaissait pas auparavant, et leur piqûre était aussi dangereuse que la morsure d’un serpent. La belle coupable fui condamnée à se rouler sur ces épines, partout où elle avait péché ; mais, comme il n’était pas juste que tout le monde souffrit à cause d’elle, depuis que saint Germain est venu dans le pays, elles ont disparu pour la plupart, et les dernières poussent sur les dunes de Saint-Cast. En Ille-et-Vilaine, où les fleurs de l’églantine se nomment Roses du diable, quelques personnes disent que ce rosier sauvage a été planté par le démon, et que ses fruits lui servaient de pain l.

Les paysans des Côtes-du-Nord ont une légende facétieuse sur les lianes piquantes des ronces : jadis les ronces tenaient auberge, mais elles firent crédit à tant de monde, qu’elles ne purent payer leurs créanciers et furent obligées de chercher leur pain ; depuis elles accrochent les gens pour tâcher d’être payées2.

Les particularités de plusieurs arbustes sont expliquées par des épisodes d'une légende dorée rustique, qui présentent des analogies avec leur aspect ou avec les qualités bonnes ou mauvaises qu’on leur attribue. On dit en Wallonie que le parfum agréable de la fleur d’aubépine lui a été donné par Marie en souvenir des langes de l’enfant Jésus qu’elle étendait sur cet arbrisseau ; dans le Pas-de-Calais, son odeur est légèrement urineuse depuis que la Vierge les a mis à sécher sur ses rameaux ; à Liège, certaines épines ont des fleurs roses parce que les branches de cet arbuste ont servi à tresser la couronne du Christ. Voici pourquoi, dit-on en Gascogne, la rose blanche est bénie : la Vierge cultivait un pied de roses rouges ; un jour qu’elle n’avait pas d’eau pour l’arroser, des voisins lui en apportèrent, mais Joseph altéré par la fièvre la but; les roses se desséchèrent et l’Enfant Jésus, qui avait coutume de s’amuser avec, se mit à pleurer en les voyant en cet état ; alors Marie laissa tomber une goutte de lait sur les roses flétries, qui reprirent vie aussitôt et devinrent toutes blanches3. Suivant la croyance du Mentonnais, la décollation de saint Jean- Baptiste eut lieu sous un figuier ; c’est pour cela que ses branches se « décollent » facilement, surtout le jour de la fête du Précurseur ; celui qui monte alors sur cet arbre s’expose à faire une chute dangereuse ; cette superstition a sans doute été influencée par le terme d’église par lequel on désigne le supplice du saint. Le goût de certains fruits a

1. Lucie de V.-H., in Rev. des Trad pop., t. XVI, p. 364; F. Duine, ibid., t. XVI11, p. 385 ; la tleur se nomme aussi rose sorcière en Anjou et dans la Mayenne, rosse d’sorciéle à Valenciennes; masco — sorcière, dans l’Aveyron (E. Rolland. Flore pop., t. V, p. 231.)

2. Paul Sébillot. Trad. de la Haute-Bretagne , t. Il, p. 322.

3. E. Monseur. Le F.-L. wallon, p. 20; E. Rolland. Flore pop., t. V, p. 163; Alfred Harou, in Rev. des Trad. pop., t. XV1F, p. 299 : E. Rolland, 1. c., p. 251. d’a. la Rev. de Gascogne, 1883, p. 78.

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