‹ Le folk-lore de France (volume 3)Chapitre 397 sur 506 · J. Lecœur. Esquisses du Bocage normand , t. 1. p · texte numérisé non relu

J. Lecœur. Esquisses du Bocage normand , t. 1. p

5. Ch. Thuriet. Trad. pop. du Doubs , p. 201 ; Abbé Mahé. Antiquités du Morbihan, p. 296 ; Baron-Dutaya. Brocéliande et quelques légendes, p. 14.

LES ARBRES

maisons, leurs champs, leurs familles et leurs biens b A. l’heure actuelle, les arbres reçoivent peu d’offrandes publiques ; celles qu’on a vues dans ce chapitre s’adressentà ceux qui portentdes fruits, et qui sont d'ailleurs l’objet d’autres observances. Le chêne Beignet, qui existait il y a cinquante ans à peine à Neuillé, était entouré d’un cercle de grosses pierres, et tous les ans, à la Chandeleur, les bergères apportaient chacune œufs, huile ou farine, faisaient des crêpes ou des beignets, puis y dansaient jusqu’à la nuit2.

Les métamorphoses d’hommes en arbres ne sont pas nombreuses dans la tradition contemporaine, et elles figurent ordinairement dans les contes plutôt que dans les légendes. Cependant on raconte aux environs de Dinan qu’une fée ayant touché de sa baguette un amoureux infidèle, le transforma en un chêne majestueux que l’on montre encore3. Michelet qui composa son livre de la Mer au village de Saint-Georgesde-Didonne, analyse ainsi une ballade saintongeaise : la jolie fille d’un roi, qui s’amuse à laver son linge, comme la Nausicaa de YOdijssée, a laissé tomber son anneau d’or à la mer ; le fils de la côte s’y jette pour l'y chercher, mais il se noie. Elle le pleure et est changée en le romarin du rivage4. Dans le « Prince Curieux, » conte littéraire de la fin du XVIIe siècle, une fée transforme en arbre ses amants, qui resteront ainsi jusqu’à ce qu’elle soit devenue amoureuse d'un mortel3. Le héros d’un récit breton traverse une forêt dont les arbres sont des gens métamorphosés par une magicienne, et une avenue dont chaque tronc est un prince enchanté ; ils reprennent leur figure naturelle quand il a tué le géant Marcou Braz6. L’homme de pierre d’un conte flamand change en arbres à fleurs d’or un roi et les seigneurs de sa cour, en les arrosant avec l’eau de la fontaine d’or7 . Gérard de Nerval a raconté, en disant qu’il ne faisait que la rédiger, une légende du Valois, dont un trait, à supposer qu’il soit réellement populaire, se rattache aux métamorphoses en arbres : à un certain jour de la semaine un petit bûcheron, qui n’était autre que le prince des forêts, se transformait en un beau chêne vert, et une pêcheuse, sa petite amie, devenait un poisson doré8.

Les âmes condamnées pour un temps à revêtir l’apparence d’arbres figurent dans plusieurs récits bretons qui, à l’exception d’un seul,

1. A. de Gubernatis. Mythologie des plantes , t. I, p. 274, d’a. Ducange.

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