PERSONNAGES MÉTAMORPHOSÉS
parlent de voyages dans des régions surnaturelles. Le petit garçon qui va porter une lettre au Paradis traverse une haie d’épines si touffue qu’il s’y déchire les vêtements et la peau, puis une douve remplie de ronces et d’orties où il s’évanouit ; un vieillard lui explique que c’est le Purgatoire : les ronces, les orties et les épines qui l’ont piqué sont autant d’âmes en peine qu’il a délivrées en les arrosant de son sang. Plus fréquemment, un mari et une femme deviennent après leur mort, des arbres, placés à peu de distance l’un de l’autre, qui conservent la faculté de parler et de se mouvoir. Lorsqu’Efïlam se rend au palais du Soleil, il passe par un chemin creux où deux vieux chênes enracinés sur le talus se heurtent avec fureur; ils s’interrompent pour l’interroger, et ils le prient de demander au Soleil pourquoi, depuis trois cents ans, il les retient et les force à se battre sans un moment de repos ; le dieu lui apprend que c’étaient deux époux qui se disputaient et se battaient continuellement et que leur supplice ne cessera que lorsqu'ils auront écrasé un homme entre eux. Deux époux, aussi transformés en arbres batailleurs, cessent de se maltraiter lorsque le beau-frère du Soleil, interposant son bâton entre eux, leur a dit de rester en paix ; ils redeviennent aussitôt homme et femme, parce que, en leur adressant la parole, le garçon a accompli l’acte qui devait les délivrer et leur permettre d'aller au Paradis’. Dans un récit du nord de la Bretagne rapporté sous une forme littéraire par un auteur moins sûr que Luzel, les époux métamorphosés restent sur la terre des vivants pour accomplir leur pénitence non loin de leur maison. Ce sont deux gros hêtres placés au bord d’un chemin creux et qui mêlent leurs branches comme pour s’embrasser, tels Philémon et Baucis. Leur fils qui passe par là les entend se parler tendrement, et dire qu’ils vont aller dans leur ancienne demeure se chauffer au feu qui aura servi à faire des crêpes. Lorsque les gens de la maison sont couchés, ils y pénètrent en reprenant la figure qu’ils avaient de leur vivant, et s’asseyent dans le foyer ; ils le quittent au premier coup de minuit, e(, quand ils sont sortis on les entend s’éloigner avec un bruit de feuillage1 2.
Plusieurs récits parlent d’un animal merveilleux donné par une fée à une jeune fille persécutée par sa marâtre ; lorsque celle-ci l’a fait tuer, ses débris servent encore à secourir la protégée des puissances surnaturelles. A l’endroit où fut enterré le foie d’un mouton noir qui fournissait aune bergère tout ce dont elle avait besoin, croît un arbre si haut qu’on ne pouvait atteindre les branches avec la plus longue
1. F.-M. Luzel. Légendes chrétiennes , Jt. I, p. 237-238, 244; Contes de Basse-Bretagne, t. I, p. 273-274, 277, 278, 61. Les arbres qui se battent figurent aussi dans
une légende analysée par A. Le Braz. Légende de la Mort , t. II, p. 406-407, et dans un conte de Luzel. Rev. des Trad. pop., t. I, p. 282.