LES ARBRES OU L’ON GRIMPE
a pris racine et depuis ce temps le rosier existe toujours. On a vainement essayé de l’arracher, on l’a plusieurs fois coupé, il continue à repousser, et ni les grands hivers, ni les grandes sécheresses ne le font mourir *.
L’épine qui, introduite dans les chairs d’un personnage coupable s'y développe, pousse ordinairement sur la jambe d'une marâtre ; dans une version cornouaillaise de la fille aux bras coupés, l’épine entrée dans le pied de celui qui a été la poser dans un chêne de la forêt, devient un grand arbre et monte dans la cheminée ; le patient est obligé d’attendre que sa sœur vienne le délivrer 2.
Les personnages qui parviennent au ciel en grimpant le long d’une tige merveilleuse, y arrivent le plus ordinairement au moyen d’une plante qui, sitôt semée, se développe d’une façon prodigieuse ; mais des arbres ont aussi le même privilège : dans un récit poitevin, le bonhomme Trinquet plante un gland qui, en peu de jours, est assez haut pour arriver à la porte du Paradis ; en Corse, l’arbre n’a été ni semé ni planté ; c’est un châtaignier si élevé qu’un aventurier monte tout le long en se disant qu’il parviendra, — ce qui a lieu en effet, — jusqu’au séjour des bienheureux a. Finette Cendron abandonnée avec ses sœurs, trouve un gland qu’elle plante, et tous les matins elle et ses sœurs vont l’arroser en disant : « Croîs, croîs, beau gland ! ». Il finit par monter si haut que la jeune fille en montant jusqu'à la cime, découvre un palais merveilleux. Cet épisode se retrouve exactement, y compris une formulette analogue, dans un conte languedocien où trois enfants ont été égarés 4.
L’arbre dont on ne peut descendre est bien connu, grâce à la légende du bonhomme Misère qui, avant d’avoir été recueillie populairement, a été propagée par des livrets de la Bibliothèque bleue, dont le plus anciennement constaté remonte à 1709. L’arbre est un poirier, comme dans des contes de la Flandre française, de Wallonie, et de Basse- Bretagne ; mais suivant les pays, l’essence diffère ; dans les Landes, en Languedoc, dans le Boulonnais, en Wallonie c’est un pommier, en Haute-Bretagne, un noyer, comme dans un conte gascon où le bon Dieu accorde ce privilège à un forgeron, mais seulement pour que le diable y soit pris ; en Artois, c’est une bonne femme dont le pru-*