J. Lecœur. Esquisses du Bocage , t. I, p
4. Claude Gauchet. Le Plaisir des champs , éd. elz. p. J19; Olivier de Serres. Théâtre d’agriculture , 1600, lieu VI, ch. 15.
PARTICUL1ARITÉS LÉGENDAIRES
façonnés comme les doigts. Chaque année, au printemps, l’un d’eux se détruit pour faire place au second, qui se développe au même moment ; le premier est la main du diable qui blesse et retire la vie, et le second la main de Dieu qui répare et féconde les herbes h Une plante de la classe des lancéolées est appelée en Haute-Bretagne herbe du Diable ; quelques-unes de ses feuilles présentent, assez rarement, une tache noire qui est l’objet de plusieurs explications. Quand elle se montre sur un plant poussé dans un sentier peu fréquenté, on croit qu’un couple amoureux y a vu la feuille à l’envers. On dit aussi que le diable, jaloux de la voir pousser sur un mauvais terrain, veut 1 arracher, mais que Dieu ne le lui permet pas, et que, comme preuve de la résistance opposée par cette frêle plante, le pouce du maudit est imprimé sur elle. Suivant d’autres, cette tache noire est sa signature, et celui qui déracinerait cette herbe, sitôt qu elle a été marquée par lui, trouverait dessous un immense trésor ; ce stigmate s efface dès que la plante est touchée par une honnête et sainte personne. Certains assurent que les chiens qui mangeraient cette herbe mourraient et que saint Roch en passant y a imprimé ces marques pour les avertir 2 . Voici pourquoi, aux environs de Guingamp, elle porte le nom d herbe de la Vierge . lorsque après avoir vu son fils expirer sur la croix, Marie tomba par terre, ses mains couvertes du sang du Christ rencontrèrent une de ces herbes et son pouce s’imprima sur les feuilles ; toutes celles qui en sont issues ont cette marque ; elles portent malheur à celui qui marche dessus, mais il suffit d'avoir sur soi une de ces feuilles pour être préservé de la mort subite et de tout accident 3.
Le hile d’une espèce de haricot se détache en blanc sur une aréole brun marron, traversée par des rayons divergents comme ceux d’un Saint-Sacrement, de la couleur du hile : il n’est pas rare que l’un de ces rayons se prolonge par en bas comme le pied d un ostensoir. Ln Franche-Comté, où ces poisse nomment haricots du Saint-Sacrement, on raconte qu’un homme ayant dérobé celui d’une chapelle, l’enterra dans un coin de son jardin et y sema des haricots ordinaires ; quand ils parvinrent à maturité, plusieurs personnes remarquèrent qu ils portaient tous une image pareille à l’auréole de 1 ostensoir ; on trouva, à quelques pieds sous le sol, l’objet volé4. Cette petite légende a plusieurs parallèles : Pendant la Révolution, un bedeau des environs de Brest enfouit des vases Sacrés, et sema par dessus des haricots blancs, qui, à la récolte, présentaient la figure duSaint-Sacrement. Un recteur de