Comm. de M"1® Lucie de V.-H
4. Ch. Thuriet. Tvad. pop. du Doubs, p. 24. Cette légende est aussi populaire â Iielles, près de Bruxelles; (Alfred Harou, in Rev. des Trad. pop., t. XX, p. 460).
LES PLANTES
rille-et-Vilaine qui portait le viatique, ayant voulu passer par un champ ensemencé, parce que la route était mauvaise, celui à qui il appartenait lui défendit de fouler sa récolte ; mais un autre laboureur l'invita à traverser son champ, où il avait semé des haricots ; ceux qui, à maturité, furent cueillis à l’endroit où avait passé le Saint-Sacrement, avaient tous l’image d’une hostie1.
Voici les rares légendes qui représentent des plantes comme des émanations plus ou moins directes de créatures humaines ou de divinités. On raconte aux environs de Lorient qu’une pauvre veuve qui, le soir de la Toussaint, cherchait des coquillages pour en orner, suivant la coutume, la tombe de son défunt, pleurait de ne trouver que des coquilles nacrées; elle se mit à demander des fleurs à la sainte Vierge, et ses larmes en tombant sur le sable des dunes, se changèrent en petites fleurettes aux tons violets et aux couleurs de deuil : c’est la scabieuse des mielles, qu’on appelle en Bretagne la fleur de la veuve. Les violiers rouges qui tapissent les murailles du château de Trémazan y ont poussé depuis qu’elles ont été arrosées du sang de sainte Aude ; les paysans les nomment Ckinoff santez Eodez, fleurs de sainte Aude, et elles ont, disent-ils, cette couleur en souvenir de la vierge martyre; au moment de leur floraison, les amoureux viennent les cueillir ensemble 2. Certains marins de la Manche croient que les plantes marines sont les chevelures de poissons ou de lutins ; dans les contes de ce pays des féetauds ont des fucus au lieu de cheveux, des hommes de mer ou de vieilles fées sont couverts d'herbes de mer semblables à celles qui croissent sur les rochers 3.
Plusieurs récits racontent en quelles circonstances des plantes ont subi, postérieurement à la création, des changements notables. Ceux qui s’attachent au blé ont été inspirés par la disproportion qui existe entre le chaume de cette céréale et sa graine ; d’après le thème le plus ordinaire, tout en poussant aussi haut qu’aujourd’hui, il n’était qu'épi ; Dieu l’a réduit à sa dimension actuelle pour punir les humains de leurs péchés ou de leur paresse. Les paysans des environs d’OUioulles (Var), disent que les hommes, devenus riches sans effort, employaient le pain aux usages les plus vils ; le bon Dieu en ayant été informé, descendit sur terre avec l’archange Gabriel, et dans la première maison où ils entrèrent, ils virent une jeune femme qui essuyait avec du pain les ordures de son nourrisson. Dieu irrité s’approcha d'une plante de
1. Léo Desaivre, in Rev. des Trad. pop., t. XVI, p. 658; Paul Sébillot, ibid, t XI, p. 383.
2. E. Herpin. La Côte d' Emeraude, p. 429-430. Dans ce livre, M. H. a localisé à St-Malo cette légende, qu'il m’a dit avoir recueillie dans le Morbihan ; Ogée. Dict. de Bretagne. H. du Cleuziou. La Bretagne artistique. Pays de Léon, p. 68.
3. Paul Sébillot, in l'Homme, t. 111, p. 584; Contes, t. II, p. 6,34, 92, 59, t. IN, p. 190 ; Contes de Marins, p. 57.
POURQUOI l’épi est court 449
blé, saisit la tige entre le pouce et l’index, à ras de terre, et en tirant fit tomber les grains de l'épi en allant de bas en haut; il allait arriver à l'extrémité du chaume, lorsque l'ange s’écria : « Bon Dieu, laissez-en au moins quelques grains pour les pauvres de Jésus-Christ!» Dieu touché de cette prière s'arrêta au moment où il ne restait plus que quelques grains à l'épi !. D’après une légende du Morbihan, les grains de blé commençaient aussi au bas de la tige, et les hommes coupaient 'a paille en la frappant entre deux pierres aiguisées ; un paysan inventa la faucille ; Dieu qui passait parla saisit l’épi par en bas en disant: « Tu as voulu t'éviter de la peine, mais tu en auras autant qu’auparavant. » Suivant la tradition vosgienne, Dieu fatigué des crimes de l'homme, résolut de lui retirer cette plante nourricière. « Le blé que tu cultives à la sueur de ton front, lui dit-il, ne te fournira désormais que de la paille, il ne te donnera plus de grains. — Seigneur, dit l’un des anges, le chien et le chat ont-ils eu part aux crimes de leurs maîtres? — Non, répondit le Seigneur. — Alors nous te supplions de laisser au bout de la tige la part de grains que l homme leur a réservée jusqu à ce jour. » Le Seigneur y consentit, et c'est depuis que la tige de blé est longue et l’épi court. On raconte dans le Morbihan que les hommes étant devenus mauvais, Dieu saisit l’épi au ras de terre et ri fia le chaume presque jusqu'au haut ; la Vierge à ce moment lui arrêta la main, et c’est grâce à elle qu il est resté assez de grains pour la nourriture des chrétiens 1 2.
Des herbes ont été bénies ou maudites en raison des actes que leur attribuent des traditions qui parfois leur accordent une sorte d’animisme. La Vierge fuyant la colère d’Hérode dit à un laboureur qui semait du blé d aller chercher sa famille pour le couper ; le paysan sourit d’abord, mais il se laissa persuader, et quand il revint avec les siens, le blé était mûr. Il le faucha, et la Vierge se cacha sous les herbes avec son enfant, en recommandant au paysan de ne pas la trahir. Les tiges de blé n étaient pas assez longues, et l’on apercevait un pan de son manteau ; mais les branches des sauges et des basilics qui l'entouraient se penchèrent, s'entrelacèrent et formèrent un faisceau qui protégea Marie. A quelques pas se trouvait une touffe de menthe ; tout à coup Hérode survient avec ses cavaliers, et demande si l'on n’a pas vu une femme et un enfant. « Si, répondit le laboureur, mais c'était au moment des semailles. — Alors elle doit être bien loin » dit Hérode, et il s’élança à sa poursuite. Heureusement, il n’entendit pas un geai, et