‹ Le folk-lore de France (volume 3)Chapitre 434 sur 506 · VERTUS ET PUISSANCE · texte numérisé non relu

VERTUS ET PUISSANCE

Si le printemps qui, prodigue, desserre Tous les trésors de ses gaies douceurs,

Au cerf blessé donne remedes seurs Et au cheval l'herbe qui le deferre

Dans les montagnes d’Albertville, c'est le Bolrychium l un aria qui ace pouvoir, qu’on lui attribuait communément a l époque de la Renaissance :

Lunaire, où cachez-vous la tenaille qui tire Les fers si dextrement ? Lunaire, où cachez-vous La mareschale main qui arrache les clous Si doucement des pieds ?

On disait aussi aux environs de Genève que l’hippocrepis faisait sauter les serrures 1 2.

Suivant des traditions assez peu communes, des herbes font comprendre le langage des animaux : On raconte en Haute-Bretagne qu un homme, obligé de s’arrêter pour un besoin pressant, arracha une poignée d’herbes, et entendit deux chiens qui dialoguaient : 1 un disait que des voleurs allaient venir la nuit pour voler son maître ; ce à quoi celui-ci répondit qu’il ne le défendrait pas, parce qu il n avait pas eu à souper 3. Un récit franc-comtois ne diffère que par le dialogue : c est un chien de meunier qui révèle à un chien de ferme que des voleurs vont venir voler le moulin ; mais que son maître ne lui ayant pas donné d’un plat fait ce jour-là, il n’aboiera pas pour Invertir. Dans une version des environs de Moncontour de Bretagne, 1 homme avait pris l'herbe d’oubli, qui fait comprendre le langage des animaux quand on ne sait pas qu’on l’a; son pouvoir cessa quand un passant lui eut dit qu’il l’avait touchée 4.

La croyance à l’action des plantes sur les personnes a été vraisemblablementplusrépandue qu’elle ne l’estaujourd’hui. En ce qui concerne leur influence sur les gens qui se tiennent longtemps sur elles ou dans leur voisinage, elle a été relevée en Franche-Comté, où l’on dit que la folie peut naître d’un séjour prolongé sur le serpolet5. Ce passage de Rabelais : le monde ensagissant ne craindra plus la fleur des febves en la primevère, fait allusion à un ancien proverbe ;

Quand les febves sont en fleur,

Les fols sont en vigueur.

1. A. de Gubernatis. Mythologie des plantes , t. Il, p. 86 ; Jacques Yver. Le Printemps. Paris, éd. Panthéon litt. p. 320, sonnet de Joseph Yver sur le Printemps de son frère.

2. Chabert. Les plantes sauvages en Savoie , p. 77: Du Bartas. La Semaine , troisième jour, p. 122 ; A. de Gubernatis, L c.

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