‹ Le folk-lore de France (volume 3)Chapitre 435 sur 506 · Roussey. Glossaire de Boumois , p · texte numérisé non relu

Roussey. Glossaire de Boumois , p

LES PLANTES

dont on rencontre des parallèles contemporains, tels que : Fèves fleuries, temps de folies, dans le Bessin, et Quan la fave fleuri , léi fôou se counéissoun, dans le Vaucluse. Un autre dicton : les fèves fleurissent, que l’on adressait à quelqu’un pour lui reprocher sa folie, était fondé sur le préjugé que la fleur de fève rend fou, parce qu’elle exhale une odeur forte qui porte à la tète *. Naguère encore des campagnards du Poitou croyaient que son parfum avait ce triste privilège, et dans le Pas-de-Calais, on dit à celui qui parle comme le ferait un fou : Est-ce que c est la floraison des fèves ? Un proverbe du XVIe siècle semble attribuer aux pois une influence analogue :

Si tost que les pois sont levés Les folz commencent à monter 2.

Certaines plantes exercent, leur action sur ceux qui les foulent aux pieds ; la plus connue est l’herbe d’égarement dont il a déjà été parlé ; d’autres, que l’on verra à la section médicale, peuvent rendre malade.

Celles qui influent sur la destinée sont plus rares : dans la Vienne le mariage de deux amoureux qui, en se promenant, mettent le pied sur le pain de coucou ( Oxalis acetosella, ) sera retardé ; dans l'Indre marcher sur du lupin en graine porte bonheur; en Basse-Normandie la malherbe est funeste à celui qui la foule 3. Des proverbes qui visent des espèces non déterminées supposent qu’elles peuvent modifier la disposition d'esprit des gens qui ont été en contact fortuit avec elles. On dit couramment d’un homme maussade : Il a marché sur une mauvaise herbe. Au XVIIIe siècle, comme de nos jours, on demandait par raillerie à un homme, pour lui reprocher la bonne ou mauvaise humeur où il était : Sur quelle herbe avez-vous marché ? 4 Il est rare de rencontrer des plantes qui, prises en breuvage, influent sur le moral. Autrefois, le jour de Noël, les pêcheurs de la Manche faisaient bouillir dans l’eau les plantes cueillies la nuit, de préférence à minuit, et ils la donnaient à boire à leurs enfants. Ils leur disaient ensuite de cracher sur les ribères [fucus) et de faire le signe de la croix au commencement et à la fin de cette opération. Cueilli à minuit le goémon procurait l’intelligence et les ribères donnaient le goût du travail ; ces plantes avaient alors un tel pouvoir que celui qui en buvait une infusion avait pour tous les métiers une aptitude particulière 5.

^1. Rabelais. Pantagruel , 1. V, Prologue ; Leroux de Lincy. Le Livre des Proverbes, d’a. G. Meurier, XVIe siècle; F. Pluquet. Contes de B ay eux, p. 117 ; Barjavel. Dictons du Vaucluse , p. 181 ; Tuet. Matinées senonnoises , p. 306.

2. Rabelais. Œuvres , éd. Burgaut Des Marets et Rathery, t. II, p. 318, note; E. Rolland. Flore pop., t. IV, p. 233, 196; Poésies franç., des 15s 16e, t. XI, p. 388.

3. E. Rolland. Flore pop., t. III, p. 348, t. IV, p. 111 ; Lecœur. Esquisses du Bocage , t. I, p. 293.

Page 1