‹ Le folk-lore de France (volume 3)Chapitre 436 sur 506 · DANGERS DE LA CUEILLETTE · texte numérisé non relu

DANGERS DE LA CUEILLETTE

La cueillette ou le simple attouchement des plantes attire aussi des conséquences fâcheuses. Aux environs de Valence, la jeune lille qui manie la moutarde sauvage se battra avec sa belle-mère ; dans la Vienne, elle ne doit jamais toucher une violette blanche, parce qu'il lui est interdit de cueillir, avant detre mariée, des fleurs blanches. Dans le même pays, Dieu ne permet pas, dit-on, de toucher ou de couper le bec de cigogne, et dans le Dard il arrive malheur a celui qui le cueille. Un Wallonie, on fait éclater la foudre en ramassant des coquelicots *.

Pour détourner les enfants de toucher à certaines espèces, on leur dit qu’elles peuvent être nuisibles aux volatiles ; parfois même comme dans le Cher, il suffit pour faire crever les oisons et les poulets de cueillir les renoncules des champs. Un Poitou, les oisons périraient si l’on jetait devant eux les premières primevères que l’on trouve, ou ils meurent dans l’œuf si on en apporte à la maison 2.

D’autres interdictions sont basées sur la croyance que des animaux dangereux se cachent dans le voisinage de la plante ou qu elle est elle-même une sorte de poison. Les paysans de la Vienne qui regardent le cresson des prés ( Cardamine pratensis ) comme la fleur favorite des serpents, recommandent aux enfants de ne pas la cueillir sous peine d’être piqués dans l’année par un de ces reptiles 3. Certaines fleurs portent malheur à celui qui les reçoit ou à celui qui les donne : Dans le Nord de la France, les pensées blanches, qui sont un symbole de mort, ne doivent pas figurer dans les bouquets que l’on offre à des vivants ; à Marseille, on s’abstient de présenter des fleurs fraîches aux petits enfants, parce que cela rappelle celles qu’on met sur leur cercueil. Aux environs de Liège, celui qui donne une julienne, doit pour éviter la mort, simuler une vente ou un échange V

Des conséquences fâcheuses se produisent parfois quand on n’observe pas l’espèce de tabou traditionnel dontcerlaines espèces sont l’objet. Suivant la croyance girondine un oignon entamé laissé sur la table porte malheur; en Poitou, on ne doit peler ni ail ni échalottes, ni pommes de terre le soir pour les faire cuire le lendemain, parce que ceux qui les mangeraient ne pourraient guérir s’ils venaient à être mordus par un chien enragé. Dans la même région, le maître de la maison où l'on brûle des trognons de chou est exposé à mourir5.

1. E. Rolland. Flore pop., t. II, p. 75, 169, t. III, p. 323 ; Bull, de Folklore, t. I, p. 290 ; E. Monseur. Le F.-L. wallon, p. 21.

2. Variétés bibliographiques, t.jjl, col. 176]; B. SouchéJCroj/a«ces,'etC.,^ p. 11. ; Léo Desaivre. Croyances, etc., p. 18.

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