Paul Sébiüot, in l'Homme , t. III, p
CONJURATIONS ET PORTE-BONHEUR oi 3
dessèche si un sorcier pénètre dans la pièce où elle est *. Dans l'Albret, si l’on trouve une cosse de pois bien nourrie qui ait neuf grains ou une feuille de trèfle qui ait quatre lobes et qu’on les porte au bénitier de l’église, toutes les sorcières qui y viendront aux oflices, sortiront les dernières, et le prêtre, s’il veut le dire, leur aura vu une lumière sur la tête. On disait au XVe siècle : quant poix ou poirée boueillent ou pot qui est mis jus du feu, sachiez pour vray que en cestui hostel n’y a nulles sorcières1 2.
Plusieurs graines interviennent dans une conjuration destinéeà faire venir et à interroger le diable, et elles récompensent sa complaisance. Le domestique d’un recteur de l’Ille-et-Vilaine, qui avait lu le Petit Albert , ayant été transporté en enfer, le prêtre fit apporter par sa servante un boisseau de pois, et il en donnait un à chacun des diables qu’il appelait pour savoir s’il n’avait pas vu son domestique, parce que le diable ne s’en va jamais sans emporter quelque chose. En Basse-Bretagne, un conjurateur faisait aussi l’appel des démons, et distribuait à chacun, pour la même raison, une graine de lin. En Normandie, pour savoir si un parent mort est damné ou sauvé, il faut s’adresser au curé de la paroisse qui lit dans le grimoire et évoque de l’enfer tous les démons, l/intéressé apporte un demi-boisseau de pois; à mesure que les malins esprits se présentent, on leur donne un pois à chacun. La liste s’épuise enfin et le dernier diable appelé satisfait catégoriquement à hi demande 3.
Un certain nombre de plantes, en raison de particularités assez rares, constituent des porte-bonheur. La croyance à des présages de la trouvaille des trèfles à quatre feuilles, partagée par des civilisés4 5, est fort répandue. Elle était courante au XVe siècle : Cellui ou celle qui treuve le treille à quatre Cueilles, s’il le garde en reverence, sachiez qu’il sera eureux et riche toute sa vie. En Lorraine, comme dans le Valois, celui qui le cueille à l’heure de minuit sera bientôt marié. La jeune bretonne qui cherchant des primevères pour savoir si elle se mariera dans l’année, en rencontre une à sept pétales, est assurée de trouver un époux avant l’an révolu. En Poitou, neuf petits pois ronds dans la même gousse font se marier dans le même espace de temps celui qui les trouve ; à Marseille, ou les conserve comme porte-bonheur s.
1. C. de Mensignac. Sup. de la Gironde , p. 7t ; J. -.VI. Noguès. Mœurs d'autrefois en Sain longe, p. 72; C. Frays«e, in Rev. des Trad. pop., t. XIX, p. 406.
2. Abbé L. Dard y. Anthologie de l’Albret, t. II, p. 363; Les Evangiles des Quenouilles, II, 9.
3. R. Le Chef, in Rev. des Trad. pop., t. X, p. 574; A. Le Braz. Lég. de la Mort, t. I, p. 331 ; L. du Bois. Recherches sur la Normandie, p. 319.
4. Au début de la guerre de 1870, une des dépêches de l’Impératrice à son mari disait que la petite Malakofî « avait trouvé un trèfle à quatre feuilles », et semblait en tirer un bon présage pour le succès de nos armes.
5. Les Evangiles des Quenouilles, II, 15; L. Sauvé. Le F.-L. des Hautes- Vosges,
LES PLANTES
En Basse-Bretagne, si des pois mis dans une balance se mettent à danser, c’est un présage de mort pour quelqu’un de la maison. Les objets en croix sont regardés comme de mauvais présage ; en Franche- Comté, il est pour celui qui voit en sortant de la maison deux fétus de paille, ou de petits morceaux de bois que le hasard a placés en croix ; en Lorraine, le malade dans la chambre duquel„ils se trouvent ne tardera pas à mourir. Dans le Mentonnais et dans le pays de Liège, des fétus de paille croisés sur une route pronostiquent la mort ; à Liège, la rencontre d'une croix de paille, le malheur1.
Voici quelques augures qui s’appliquent aux biens de la terre : en Normandie, une mauvaise récolte de haricots annonce le renchérissement du savon, sans doute parce que les ignorants croient qu’il esl fait avec ce légume ; en Béarn, une fleur qui s’épanouit seule dans un lieu stérile, présage une moisson abondante. Au XVIIe siècle, pour savoir en quel grain l’année serait fertile, il fallait nettoyer son foyer le soir avant de se coucher, et le lendemain on y trouvait quelque brin de blé, d’orge ou autre2.
Un poète du XVe siècle fait allusion à la croyance d’après laquelle les plantes qui poussent sur une fosse sont en relation avec celui qui l’occupe :
Pourquoy ne croist sur son tombeau Que du chardon qui l’environne ?
Un corps qui n'a bu que de l’eau Ne produit herbe qui soit bonne3.
A Menton des plantes épineuses, ou des orties, sont un signe de damnation, des plantes sans épines indiquent que le défunt est au ciel, un mélange des deux au purgatoire. En Basse-Bretagne, lorsque les fleurs plantées sur une tombe ne fleurissent pas, celui qui y gît est en enfer*.
Les plantes semblent ne jouer qu’un rôle secondaire dans les songes. Dans le Mentonnais, quand on désire rêver, il faut manger le soir des choux montés. En Franche-Comté, la jeune fille curieuse de voir en rêve celui qui sera son mari doit placer sous son oreiller, avant de se coucher, une feuille intacte de pissenlit0.
p. 81 ; Richard. Trad. de Lorraine, p. 264 ; Lucie de V.-H,, in Rev. des Trad. pop ., t. XX, p. 214; B.Souché. Croyances, p. 24; Regis de la Coiombière. Ois de Marseille, p . 269. 1
1. A. LeBraz. La Léyende de la Mort, t. I, p. 26; Monnier, in Antiq., t. IV, p. 398 ; Richard, l.e. ; J. -B. Andrews, in Rev. des Trad. pop., t. IX, p. 116; A. Harou. ibid., t. XIV, p. 128.
2. L. du Bois. Rech. sur la Normandie, p. 350 ; A. de Nore. Coutumes, etc., p. 129 ; J. -B. Thiers. Traité des sup ., t. I, p. 209.