EMBLÈMES ET DÉFENSES
Les pèlerins rapportent, comme souvenir de leur visite à des sanctuaires, généralement éloignés de leur demeure, des emblèmes empruntés à la flore champêtre ; ceux du pays de Tréguier et des environs «le Montfort (llle-et- Vilaine ) qui sont allés à Sainte Anne d’Auray placent à leur chapeau ou à leur corsage quelques épis de millet ; ceux qui ont visité Saint-Gildas en Penvenan en reviennent portant des fleurs de gazon d'Olympe ( statire armeria , L.) dit aussi fleur de Saint-Gildas, ou une touffe de silène maritime. Ceux qui vont à Trélevern, pour la fête de sainte Anne, ramassent sur la grève quelques brins de goémon rouge desséché, et le fixent aux battants de l’armoire; ceux qui ont assisté au pardon de Saint Cornély à Carnac rapportent un bouquet de ce chardon très épineux et argenté qui croît sur les dunes L
Des plantes disposées d'une certaine façon ont pour but d’indiquer une défense. En Hainaut, le propriétaire d’une récolte sur pied met un bâton garni de paille au milieu pour en interdire l’accès aux chasseurs; pendant les manœuvres, des bouchons de paille attachés à des poteaux bien en vue indiquent qu’il n’autorise pas les soldats à fouler son champ1 2. A Guernesey, lors de la récolte du varech, les jeunes gens ornent leurs chapeaux de guirlandes de fleurs, et même le joug des bœufs, et décorent de bouquets les tètes des chevaux. Lorsque les tas ont été faits, on les marque avec de grosses pierres sur lesquelles les noms ou les initiales des ramasseurs sont gravés3 4.
La paille a constitué autrefois un emblème de défaveur qui était usité au religieux et au civil : A l’église Sainte Marine en la Cité on amenait l’homme et la femme qui avaient forfait à leur honneur, et ils étaient épousés par le curé avec un anneau de paille. Autrefois en Basse- Bretagne, les banqueroutiers étaient promenés dans leur paroisse avec une ceinture de paille autour des reins L
Cette plante sert aussi à interroger le sort ; dans un livre du XIV* siècle trois dames qui se disputent un cavalier disent : Nous en jouerons au court festu à laquelle il demourra. On tirait à la courte-paille quand on mettait la décision de quelque chose au hasard5. On trouve une curieuse application juridique de cet usage au XVIIe siècle : dans un jugement rendu au siège... le 24 septembre 1644, le juge dit que :