‹ Le folk-lore de France (volume 3)Chapitre 89 sur 506 · INTERPRÉTATIONS DU LANGAGE DES BÊTES · texte numérisé non relu

INTERPRÉTATIONS DU LANGAGE DES BÊTES

Quand reviendras-tu ?

— Jamais...

— Mouton beh ! 1

Quelquefois un dialogue s’engage entre les bêtes de l’étable et les oiseaux de la basse-cour. La phrase attribuée à chacun d’eux s’adapte en quelque sorte à son cri le plus habituel, et ceux qui la prononcent s’efforcent de reproduire l’intonation musicale particulière à chaque espèce. Voici une des confidences que, en Basse-Bretagne, les divers animaux échangent à propos de leur maître :

Ar c’hillok. — Erru ann oac'h d'ar ger.

Ar c’haz. — Hag hen meo, meo, meo.

Ar c’hi. — Alô, ’lô, ’ tô , vez.

Le coq. — Le chef de la famille arrive à la maison. — Le chat. Et il est ivre, ivre, ivre. — Le chien. Toujours, toujours il l’est2. On raconte en Ille-et-Vilaine qu'une bonne femme étant allée à une noce s’y amusa tellement qu’elle y resta trois jours. Comme personne ne soignait ses bêtes, elles avaient faim, et la vache disait: Jeanne ! Jeanne ! Le cochon : Hé bien ! Hé bien ! Le poulain : La vois-tu veni' , veni', venï ? Le coq : O (elle) s'en viendra tantôt ! et la cane répétait : Quand, quand quand3. Dans un sermon sur la Nativité (XVIe siècle), un moine faisait ainsi dialoguer les animaux lors de la naissance de Jésus ; le coq chanta : Christus natus est ! (le Christ est né), le bœuf demanda en mugissant: Oubi ? [ubi, où?) l'agneau répondit en bêlant: In Be e-e-thle-em (à Bethléhem), sur quoi l'âne conclut en brayant de tout son gosier : Hin-hamus\ (bis) Eamus, allons \ Une variante de cette saynette est populaire en Rouergue :

Sa dis lou Poul : Dius es nascul.

Sa dis lou Biou : E ount ?

Sa dis la Crabo: A Betelem.

Sa dis l'Aze: I cal ana! i cal ana!

Ce dit le Coq : Dieu est né. — Ce dit le bœuf: Et où? — Ce dit la chèvre : A Bethléem. — Ce dit l’âne : Il faut y aller ! Il faut y aller ! 5

On n interprète pas toujours de cette façon le langage des animaux qui, en raison de leur rôle dans la légende de la nuit de Noël, ont alors, suivant de nombreux récits, la faculté de parler ; mais les gens que la curiosité pousse à entrer dans l’étable pour s’en assurer, les entendent causer de leur trépas, et ils meurent sur-le-champ ou à bref

1. Jean Fleury, 1. c., p. 211 ; François Fertiault, in Bevue des Trad. pop. t. III p. 417 ; A. Meyrac, ibid ., t. V, p. 408, a donné une variante recueillie aux Antilles ’

2. L.-F. Sauvé. Lavarou-Koz, p. 40, 41; cf. in Rev. Celtique , t. V, p. 194 une

variante en bas vannetais, moins expressive, et dans la Rev. des Trad. vov t XTX p. 199, une version du Cap Sizun. ^ ’ ’

3. Paul Sébillot. Traditions de la Haute-Bretagne, t. II, p. 4-5.

4. A. Canel. Recherches sur les fous des rois de France. Paris, 1873 in-18 n 35

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