PRÉVENANCES A L’ÉGARD DES BÊTES
signe de vol, de maladie ou d’affliction. Dans les Vosges et en Beauce le chien annonce la sécurité; au XVII°, c'était la fidélité. L’âne présageait aux paysans vosgiens chagrin d’esprit et revers de fortune. Le cheval annonce fréquemment des disgrâces ; on disait au XV® siècle : Qui songe d’estre entre chevaux, de cheoir de dessus eulx ou d’en estre mors, lendemain n'eschappera sans grant traveil, anoy ou destourbier. Dans la Côte-d’Or, rêver qu’on monte à cheval signifie qu’un deuil est prochain dans la maison ; en Vendée et à Liège les chevaux que l’on voit galoper apportent des nouvelles ; dans la vallée d’Aoste, des chevaux noirs ou des mulets sont signe de mort. Dans les Vosges, rêver d’animaux domestiques, principalement de chevaux qu nous poursuivent, présage persécutions ou calamités1.
§ 6. l’homme et ses bêtes
Les animaux domestiques, associés aux travaux de l’homme, qui l’accompagnent dans ses courses, et vivent presque sous le même toit, parfois dans la même pièce, sont considérés par les paysans comme faisant en quelque sorte partie de la famille. Plusieurs actes en rapport avec cette idée ont été relevés de nos jours. En Wallonie, le fermier, sitôt levé, va à l’étable, et souhaite la bonne année à chacune de ses bêtes2. Cet usage est vraisemblablement rare en France : je n’en ai relevé aucune trace écrite, et ceux auxquels je me suis adressé pour savoir si on le connaissait dans leur région m’ont répondu négativement. Les observances, lorsqu’arrive un décès, sont plus nombreuses : Dans la Flandre française il faut aller immédiatement à l’écurie et en faire part à tous les chevaux et aux juments en particulier ; si 1 on négligeait cette coutume, les chevaux seraient en danger de mort pendant un an et les juments pleines avorteraient presque certainement. Les animaux domestiques comme les gens, portent la livrée du deuil : On croit dans la Gironde que si on oublie d'attacher un crêpe au parc aux cochons le jour de la mort de leur propriétaire, ceux qui y sont enfermés crèveront avant peu. Dans la vallée de l’Yères (Seine-Inférieure) où les animaux sont parés de touffettes en laine rouge, lors d’un décès dans la famille elles sont remplacées par des touffes de laine bleue ; dans le Tarn on leur retire les clochettes qu ils portent d’ordinaire ; un ruban noir est mis au cou du chien ou
1. E. Rolland. Faune pop., t. IV, p. 112; J. de la Chesnaye, in Rev. des Trad. pop., t. XVII, p. 286 ; A. Harou, ibid, t. XVII, p. 311; L.-F. Sauvé. Le F.-L. des Hautes-Vosges, p. 28 ; Paul Sébillot. Légendes de la Mer, t. II, p. 223 ; Vulson de la Colombière. Le Palais des curieux, p. 72; F. Chapiseau. Le F.-L. de la Beauce, t. I, p. 302 ; Vulson de la Colombière, 1. c., p. 71 ; Les Evangiles des Quenouilles. App. A. 18 ; E. Rolland, 1. c. p. 191 ; J. de la Chesnaye, 1. c. A. Ilarou, 1. c. ; J. -J. Christillin. Dans la Vallaise, p. 280. L.-F. Sauvé, 1. c.