AMOUR PATERNEL ET CONJUGAL 47S
mettent pas assez tôt à manger, leur mère leur arrache la langue, et quand on trouve une petite hirondelle morte dans la cheminée ou daus le foyer, c'est sa mère qui l'a tuée ' . Au moyen âge on disait du corbeau : Tant con si corbeillot sont sanz plume, parceq 'il ne sont noir et qu'il ne le ressamblent, ja ne les regardera, ne ne les paislra : ains ne vivent se de la rousée non, dusq'à tant qu'il sont vestu de plume et qu'il puent bien resambler lor père2. Le pélican au contraire a été regardé comme un parangon d'amour paternel :
Le pélican fait contre terre
Son nid, et quand des petits a
Si le serpent se trouve là,
De ses dents les estrangle et serre.
Lors quand il voit ses petits mors
Il se navre et d'un cœur très franc
Il les arrose de son sang
Dont il leur rend la vie au corps '.
Une formulette des environs de Dinan lui attribue ce rôle :
Le grand pélican blanc Qui se déchire les flancs Pour nourrir ses petits enfants.
En Alsace, la cigogne est considérée comme très dévouée à ses
petits. Au moyen âge l'hirondelle savait comment rendre la santé aux
siens : Quant on li a emblez ses petits arondeaus, s'on lor criève les
iols et on les remet el nit, ja por ce ne demorera qu'il ne voient, ains
qu'il soient parcréu, et pense-on bien que l'aronde les garit ; mais on
ne sait par quel médecine. On est mieux renseigné actuellement, et l'on
dit encore que si l'on crève les yeux à l'un des petits de l'hirondelle,
elle va chercher sur le bord de la mer une pierre avec laquelle elle
lui rend la vue *.
La corneille passait au XVIe siècle pour un modèle de fidélité
conjugale :
EU' est de si chaste courage Et ayme son masle si fort Que s'il est surpris de la mort Tousiours ell' demeure en veufuage5.
Toutefois elle est beaucoup moins renommée à ce point de vue que
la tourterelle qu'un poète du XIIIe siècle appelait :
Turtre qui ces amors ne mue 6.
1. B. Aneau. La description philosophique des oiseaux, p. 19 ; Mme Paul Sébillot, in Rev. des Trad. pop., t. V, p. 229.