LEUR P0UY01R FUNESTE
condamna à mort, et on lâcha près de lui un crapaud et un moron. Le crapaud tourna autour du van, essaya de le soulever, et n'y ayant pas réussi s'en alla ; le rnôron ne put trouver un trou pour passer, mais il se planta sur le van, là où était le ctieuf de l'homme, tout droit sur la tête, puis il s'éloigna ; quand on relira le van, l'homme avait cessé de vivre. Dans le Bocage normand un mouron, après avoir fait en rampant le tour d'un homme endormi, monta sur lui, chercha l'endroit où battait le cœur et y frappa trois coups avec sa tête ; l'homme ne se réveilla pas. Une histoire à peu près semblable est populaire en Haute-Bretagne1. Le contact de plusieurs reptiles suffit pour amener des conséquences funestes: en Haute-Bretagne si un homme ou un animal boit dans une fontaine où une couleuvre s'est désaltérée, il devient malade; en Berry, la source où la salamandre a bu est pour longtemps empoisonnée et le fruit qu'elle a touché peut causer la mort de celui qui le mange ; en Wallonie, où elle se nomme Rogne, elle a la gale et donne le poison; dans la Loire, un animal qui avale une salamandre d'eau (Triton) est perdu 2.
Plusieurs reptiles exercent leur funeste pouvoir, même à distance, même s'ils sont séparés de leur victime par une couche de terre : On assure en Ille-et-Vilaine, qu'une femme qui, ayant ses règles, se coucherait sur un endroit où une sourde-chaude (salamandre femelle) est cachée, serait estropiée de quelque membre, si la bête n'était pas à plus de sept pieds au-dessous du sol. Il est dangereux de s'étendre sous les châtaigniers et surtout sous les noyers ; il y a des sourds entre leurs racines qui peuvent estropier, s'ils sont rapprochés de la terre. En Basse-Normandie, une ferme avait été abandonnée parce que tout le monde y mourait : il y avait en-dessous un nid de morons. On dit au pays fougerais que, dans les vieilles haies vivent des reptiles de toutes sortes, qui peuvent estropiera plus d'une toise. On a, aux environs de Marseille, une appréhension extraordinaire d'être touché par une taranlo, petit lézard gris très innocent [gecko fascicularis) ; on éloigne les plantes des habitations parce qu'il y grimperait, on ne place pas de treillages, on se prive de tout ombrage, sans autre motif que celte crainte J.
La salamandre qui dans un grand nombre de dialectes du nord et
1. G. Dottin. Parlers du Bas-Maine, pr 305; lier, des Trad. pop., t. II, p. 192; Paul Sébillot. Trad., t. II, p. 229-30 ; Jean Fleury. Lit t. orale delà /;,/.w-Wmaiidie, p. 93 ; J. Lecœur. Esquisses du Bocage, t." II, p. 32; Paul Sébillot, 1. c, p. 241. » t ii»
2. Paul Sébillot. Trad., t. II. p. 224 ; Laisuel de la Salle, 1. c, t. I, p. 199 : A. Harou, in Rev. des Trad. pop., t. XVII, p. 374; E. Rolland,!, c, p. 79.
3. Paul Sébillot. Trad., t. II, p. 242; Jean Fleury. Lit t. oral,- dé la Baai+No+mandie, p. 94 ; A. Dagnet. Au pays fougerais, p. 109; Régis de la ColOlSbière. Les cris de Marseille, p. 273.
de l'ouest de la France, est désignée sous le nom de sourd, passe pour B'avoir point d'ouïe, et l'on dit en proverbe, d'un homme : 11 « oit » dur comme un sourd en Haute-Bretagne ; ou en Normandie : Il est sourd comme un mouron. Et l'on prétend que c'est fort heureux pour les gens ; plusieurs dictons constatent la croyance à son pouvoir néfaste5 et l'associent à ce point de vue à l'orvet, tout aussi inoffensif, et qu'on dit aveugle. Le dicton qui suit et, qui a des parallèles en d'autres pays, est populaire en Haute-Bretagne :
Si anva vayait Si sourd entendait, Homme sur terre ne vivrait.
En Bas-Languedoc, si la salamandre entendait et si l'orvet voyait, ils descendraient un cavalier; suivant un proverbe breton : Mar klewfe ar zord, mar welfe ar c'hô Ne vefe beo den ebet ar vro .
Si sourd entendait et si taupe voyait. — Au pays homme vivant ne
serait '.
Voici d'autres dictons où l'orvet ne figure plus à côté de la salamandre : Donnez-moi des yeux, dit l'annivet d'Auvergne, et je tuerai le cheval et son cavalier. D'après un proverbe du pays de Blois, si aneu voyait clair, il n'y aurait personne sur terre ; la même croyance
existe en Limousin :
Se Vadert (l'endormeur), Avio Ver, Et lou serpent La dent, N'y aurio pu d'home vivent.
Si le scorpion, avait la vue, et le serpent la dent, il n'y aurait aucun homme vivant2.
Presque partout on ne dit pas que les serpents mordent, mais qu'ils piquent; c'est leur langue, assimilée à un dard, qui cause la blessure; en Béarn ce dard a la propriété de percer les chairs et d'y introduire un venin mortel; dans le Maine, tous les reptiles, même les lézards qui y passent pour venimeux, piquent avec la langue. Les paysans vendéens croient que le mâle de la vipère fait deux piqûres et la femelle quatre. Une personne mordue par un serpent peut, dit-on en Touraine, communiquer par son haleine aux personnes qui l'entourent le poison dont elle est infectée3. Les plantes et les objets inanimés ressentent
,. Paul Sébillot. Traditions, t. H, p 241; E. Rolland. Faune W^^V^i p. 20, 78 ; Laisnel de la Salle. Croy. du Centre t. I, p 199 X. de la Peyaudlère. Trad. locales du Maine, p. 5 ; Rev. des Trad. pop., t. VI, p. 549 , L.-F. Sauvé!
"pSS&Sfti *e, des Trad. pop t XII, P- 550; Thibault. Vu Détecte
Trad pop,\ XVm/p.^OO; X. de la Perraudière, Trad. locales du Maine, p. 5, E. Rolland. Faune populaire, t. 111, p- 29.