‹ Le folk-lore de France (volume 4)Chapitre 32 sur 491 · LES MENEURS DE BÊTES · texte numérisé non relu

LES MENEURS DE BÊTES

ne pas faire de mal à ses animaux, surtout au dernier ; un garçon ayant donné un coup de bâton à un rat boiteux qui suivait la bande à quelque distance, le vit devenir une horrible bête qui l'aurait étranglé si le mendiant n'était accouru à ses cris. On disait dans la même région que des chercheurs de pain pétrissaient l'argile en forme de rats et de souris ; quand ils avaient soufflé dessus en prononçant certaines paroles, l'argile s'animait et il en naissait des milliers de rongeurs qui allaient où leur commandait le sorcier *. On rencontre la même superstition, bien loin de là, dans la vallée d'Aoste : un jour deux villageois virent les enfants d'une sorcière qui s'amusaient à modeler des boulettes de terre et à leur donner la forme de rats ; l'un d'eux ayant prononcé des paroles cabalistiques en étendant la main vers les boulettes, aussitôt elles s'animèrent, et devinrent des rats véritables qui allèrent se cacher sous les pierres 2.

Dans les Côtes-du-Nord, pour enracer, c'est-à-dire envoyer des rats chez un ennemi, on en grille un tout vivant, puis on promène son cadavre autour de la maison. Tous ceux du pays accourent et s'établissent à l'endroit où leur congénère à été supplicié 3.

Les évoyeurs de rats de la Wallonie sont ceux qui ont la spécialité de les envoyer ailleurs ; ils tiennent leur pouvoir d'une prière magique qui a été glissée sous le linge d'autel, et sur laquelle le prêtre a dit la messe. Celui qui s'est procuré ce talisman se rend à la maison qu'il faut purger de rats, et, après quelques oraisons, il leur ordonne de se retirer dans un endroit déterminé *.

Les meneurs de taupes sont moins connus que les meneurs de rats ; cependant au XVIIe siècle, on prétendait que les sorciers pouvaient envoyer des taupes et des mulots dans les jardins. On dit en Ille-et- Vilaine qu'autrefois des gens les amenaient dans les héritages de ceux auxquels ils en voulaient ; actuellement on y accuse le taupier de faire passer ces bètes dans le champ des cultivateurs qui ne l'emploient pas, et Tondit communément : « Ceux qui les attrapent les mènent bien ». Le taupier du Bocage normand, qui est méprisé, à ce point que dans les fermes on ne lui permet pas de manger avec les autres, laisse toujours deux ou trois femelles sur les terres de ses clients, et il lâche toutes les femelles qu'il prend dans les champs de ceux qui refusent de l'occuper. Il en est qui possèdent des secrets pour attirer les taupes

1. J. Lecœur, 1. c, p. 86. Cet auteur a pu emprunter ce récit aux Veillerys argenlenois, manuscrit de Chrétien de Joué-du-Plein, qui la raconte plus longuement, et ajoute que ces rats étant allés piller une ferme, il fut impossible de les détruire, et qu'on dut avoir recours à un sorcier pour s'en débarrasser.

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