‹ Le folk-lore de France (volume 4)Chapitre 33 sur 491 · Ernest Doudou, in Wallonia, t. X, p · texte numérisé non relu

Ernest Doudou, in Wallonia, t. X, p

hors de leurs demeures souterraines et les faire passer sous les terres des récalcitrants. En Wallonie, on leur attribuait des pouvoirs merveilleux, tel celui • faire pousser » une taupe sur l'heure, et à, l'endroit désigné, dans les chemins les plus battus; l'un d'eux connaissait des appâts mystérieux pour chaque espèce de bêtes, c'est ainsi qu'avec de la graine de civette, il faisait passer un lièvre où il voulait1.

On a relevé plusieurs exemples d'offrandes en nature qui constituent une sorte de tribut destiné à préserver les ouailles ou les poules de la dent des carnassiers. Au XVe siècle on croyait qu'il était bon de se concilier les bonnes grâces du loup : Se une censé a plenté de brebis qui aient pluiseurs aigneaux, et après la disme payée, on n'en présente chascun an un au loup, il en prendra un, nonobstant garde qu'on y commette... Qui ne présente un aigneau au loup en l'onneur de Taignel de Dieu, il sache certainement qu'il y en aura de foireux en l'année. Naguère encore, dans l'Yonne, pour charmer le loup, on dépeçait un jeune mouton et on en faisait quatre parts que l'on mettait à chaque angle du terrain qu'il s'agissait de garantir, puis on récitait cette prière: «Sainte Marie, roi du Loup, bridez le loup, sainte Agathe, liez-lui la patte; saint Loup, tordez-lui le cou. Amen ». Plusieurs fermières de la Brie portaient, le jour saint Jean, la plus belle de leurs poules dans la forêt; avant le lever du soleil, elles conjuraient le renard de respecter leur enclos et lui abandonnaient leur volatile chérie. Dans l'Albret, on lui jette, pour qu'il s'éloigne, une belle poule au milieu du bois. Les métayères de l'Yonne qui voulaient « charmer » le renard, préparaient une omelette de douze œufs dont elles faisaient quatre parts; après un signe de croix sur chacune d'elles, elles couraient autour du jardin à préserver et à chaque angle, elles lançaient un des morceaux en criant trois fois : « Renard, v'ia ta part, prends-la et n'y reviens pas ! *».

Une autre série d'observances semble plus expressément destinée à tabouer les abords de l'habitation ou de la basse-cour. Dans la Suisse romande, on entoure d'un fil rouge l'enclos des poules pour le garder du renard ; en Bresse, celui qui veut l'écarter, après avoir dit sa prière du matin, avant l'aurore, sans bredouiller et sans distraction, fait le tour de son logis et de ses dépendances en traînant sur le sol au bout d'une corde un os du festin du Mardi Gras. Il faut que ce débris ne quitte pas la terre d'un millimètre, afin de ne laisser en aucun point

1. J.-B. Thiers. Traité des Sup., t. I, p. 151 ; Paul Sébillot. Trad., t. Il, p. 122; J. Lecœur. Esquisses du Bocage normand, t. II, p. 143-144 ; 0. Colson, in Wallonia, t. VI, p. 14.

2. Les Evangiles des Quenouilles, III, 18 ; C. Moiset. Usages de i Yonne, p. 126 ; Ladoucette. Mélanges, p. 416 ; Abbé L. Dardy. Anthologie de l'Albret, t. 11, p. 369 ; Ç. Moiset. 1. c.

Page 1